Bernard Roth

Infolettre

Petit papier n°7

2 mai 2026 · Dacadi Hebdo n°128

Le 1ᵉʳ mai : muguet, trois naissances et 1966 mirifique

Bernard Roth Tania de Pornichet

Bien que nos renseignements soient faux, nous ne les garantissons pas

— Erik Satie

Le coin DAC

Le coin DAC

« Après le pont du 1ᵉʳ mai, réouverture du cours Sautrot à Vincennes »

Le 1ᵉʳ mai, c'est le jour où la France célèbre à la fois la lutte sociale et le bonheur en clochette blanche.


Prologue — Charles IX et le muguet

En 1561, Charles IX aurait décidé d'offrir le 1ᵉʳ mai un brin de muguet comme porte-bonheur aux dames de la cour, et demandé que cela soit répété les années suivantes (épisode non vérifié, mais souvent rapporté dans des récits autour de Charles IX, comme le roman Charly 9, de Jean Teulé, paru en 2011).

Pour la première journée internationale des travailleurs, en 1889, les manifestants arborent un triangle rouge, rapidement remplacé par l'églantine rouge.

Mais ce n'est qu'en 1941, sous le maréchal Pétain, que le muguet est officiellement associé à la « fête du travail et de la concorde sociale » instaurée par le chef du régime de Vichy, qui préfère la fleur blanche à l'églantine rouge, cette dernière étant à son goût trop associée à la gauche et au communisme.


Dacadi distingue trois naissances un premier mai

1856 — Calamity Jane (Princeton, Missouri)

Calamity Jane portrait

Calamity Jane, de son vrai nom Martha Jane Cannary, est une figure mythique du Far West américain, née vers 1852 dans une famille de paysans et morte en 1903.

Elle s'est fabriqué une légende de femme libre, courageuse, indocile et jamais à court d'audace, tour à tour éclaireuse, convoyeuse de bétail, conductrice de diligence et infirmière improvisée.

Calamity Jane à cheval

Elle a incarné une forme de rébellion féminine très rare à son époque, refusant les codes sociaux imposés aux femmes. Sa vie fut marquée par la pauvreté, l'alcool et une fin tragique, bien loin des westerns glorieux. Le Far West en version brute, libre et légendaire…

France Inter

Podcast

Autant en emporte l'histoire — Stéphanie Duncan, France Inter (≈ 55 min)

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1881 — Pierre Teilhard de Chardin (Orcines, Puy-de-Dôme)

Pierre Teilhard de Chardin

Un esprit à part, jésuite, paléontologue, qui a osé penser l'évolution comme une montée de la conscience, qui voit l'univers comme une aventure en marche dans laquelle l'homme n'est pas un accident, mais un sommet provisoire.

Pour lui, la matière n'est pas l'ennemie de l'esprit. Elle en est le tremplin.

Sa grande idée, le phénomène humain, est que la complexité crée de la conscience : plus le vivant s'organise, plus l'esprit émerge. Il ne sépare pas le cosmos de Dieu : il les pense en tension, en devenir, en élévation. Chez lui, le progrès a une dimension spirituelle. Il imagine la noosphère, sphère de pensée reliant les humains, et parle d'un point Oméga, horizon ultime de l'évolution.

Ses idées ont fasciné autant qu'elles ont dérangé. L'Église et les milieux scientifiques l'ont souvent trouvé trop audacieux. Mais il reste une figure majeure de la pensée du XXᵉ siècle.


1917 — Danielle Darrieux (Bordeaux, Gironde)

DD bien avant BB. Et même après, d'ailleurs, sachant que la carrière de Danielle Darrieux s'étend de 1931 à 2010.

Danielle Darrieux jeune

110 films, avec un premier rôle à 14 ans dans « Le Bal » de Wilhelm Thiele, et un dernier à 93 ans dans « Une pièce montée » de Denys Granier-Deferre, aux côtés de Jean-Pierre Marielle.

L'élégance absolue du cinéma français, avec une carrière qui traverse huit décennies. Dans les années 1930, elle incarne la fraîcheur, la grâce et une modernité de jeu rare à l'écran. Son succès s'accélère avec Mayerling en 1936 qui la propulse sur la scène internationale. Elle signe un contrat de sept ans avec Universal, mais reste profondément française dans son style, sa diction et sa présence.

Danielle Darrieux fourrure

Après-guerre, elle brille chez Max Ophüls, notamment dans La Ronde, Le Plaisir et surtout Madame de…. Sa carrière ne se limite pas au cinéma : elle chante, joue au théâtre et passe à la télévision.

Dans les années 1960 et 1980, elle revient en force dans des films de Jacques Demy comme Les Demoiselles de Rochefort et Une chambre en ville. Elle surprend encore dans Huit Femmes de François Ozon au début des années 2000.

Danielle Darrieux dans Huit Femmes

DD chante « Il n'y a pas d'amour heureux » dans Huit Femmes de François Ozon — voir sur YouTube

Son jeu paraît fluide, léger, mais il cache une vraie précision émotionnelle. Elle a incarné une certaine idée du raffinement français, sans jamais devenir figée. Centenaire, elle restait une présence aimantée, immédiatement reconnaissable.

Elle n'a jamais joué la star, elle l'était naturellement.

Danielle Darrieux à la télévision

Danielle Darrieux chante « Pour une amourette » — Archive INA


DACALU — 1966, année mirifique d'Antoine Compagnon

Antoine Compagnon

Antoine Compagnon, né en 1950 à Bruxelles, est une figure majeure de la vie intellectuelle et académique française.

Issu d'une famille militaire, diplômé de l'École polytechnique (1970) et ingénieur des Ponts et Chaussées, docteur en Lettres, professeur émérite au Collège de France, il a également enseigné de nombreuses années à l'université Columbia de New York.

Il est mondialement reconnu comme un expert de Montaigne, Marcel Proust et Charles Baudelaire. Il est élu à l'Académie française en 2022.

Dans cet ouvrage paru en 2026, Antoine Compagnon présente l'année 1966 comme un véritable pivot de la France contemporaine, marquant la fin d'une époque et le basculement vers une autre.

Couverture 1966 année mirifique

L'année où la France change de sensibilité : apogée des Trente Glorieuses, éveil de la jeunesse, mutations des mœurs, détrônement de Sartre, mort du « sujet » au profit de la structure, mémoire de la Shoah, crises politiques — affaire Ben Barka, mise en ballottage du président de Gaulle.

Antoine Compagnon, Académie française

Brefs extraits choisis :

« L'année des cheveux longs et de la minijupe. »

« 1966 n'est pas une année visible, mais une année séminale sur le plan culturel, littéraire, cinématographique, théâtral, sur le plan politique, économique, démographique et social. »

« 1966 est l'année du structuralisme triomphant où de nouveaux maîtres à penser — Michel Foucault, Roland Barthes, Claude Lévi-Strauss, Jacques Lacan et Louis Althusser — détrônent la figure tutélaire de Jean-Paul Sartre. »

« C'est le moment du transistor, de la mobylette, du briquet jetable, de la Peugeot 204 et de la Renault 16. »

« Il n'en faut pas moins pour recomposer cet incendie prodigieux qui marque un seuil entre deux époques. »

Ces extraits montrent que pour Antoine Compagnon, 1966 est le « pivot » qui prépare, de manière souterraine mais décisive, les secousses de 1968, en transformant profondément le paysage mental et social de la France.

Certains critiques reprocheront le caractère trop germanopratin de la réflexion, centrée selon eux sur les 5ᵉ et 6ᵉ arrondissements parisiens, ou discuteront du superlatif « mirifique », construction de l'auteur qui ne serait pas totalement justifié par les faits isolés.

Mais la plupart salueront la qualité de l'érudition de Compagnon, l'analyse des mutations sociales, et, globalement, la thèse de l'auteur selon laquelle 1966 constitue un pivot plus significatif que 1968 qui en fut l'expression sociale et politique.

Un essai brillant et stimulant pour les passionnés d'histoire intellectuelle.

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Tania de Pornichet

Tania de Pornichet