Bernard Roth

Infolettre

Petit papier n°15

20 juin 2026 · Dacadi Hebdo n°135

Live and let die (part I)…

Bernard Roth Tania de Pornichet

Bien que nos renseignements soient faux, nous ne les garantissons pas

— Erik Satie

Prologue

Xi Jingping

Xi Jingping achève « l'art du Deal »

Un éminent juriste dacadien nous adresse quelques extraits de la portée juridique de Michel Audiard (suite).

Michel Audiard

Michel Audiard

Extraits de la semaine

Le délit de sale gueule :

Y a pas à dire, dans la vie, il faut toujours se fier aux apparences. Quand un homme a un bec de canard, des ailes de canard et des pattes de canard, c'est un canard.

La police :

  • On cesse d'être en sécurité dès qu'on passe la porte d'un commissariat. Avec vous, composer le numéro de la police donne déjà la chair de poule.
  • On ne naît pas flic, on le devient.
  • Le policier-type : une intelligence bien en dessous de la moyenne, mais avec des éclairs d'imbécillité.

À suivre…


Live and let die (part I)…

Est le titre du 8e James Bond réalisé par Guy Hamilton, sorti en 1973.

Roger Moore, qui remplace Sean Connery pour la première fois, n'est sans doute pas le meilleur interprète de l'amateur invétéré du « Vodka Martini » — cocktail au vermouth, sans Martini — « au shaker et non à la cuillère » — distribué en salle il y a un peu plus d'un demi-siècle.

Live and let die

Chanson du générique de Paul Mac Cartney et sa femme Linda… « Live and Let Die » de Paul & Linda McCartney (YouTube)

…qui servit, Boomers mes amis, d'introduction aux émissions de « L'heure de vérité » sur Antenne 2 présentée par François-Henri de Virieu, de 1982 à 1995, avec Alain Duhamel, Albert du Roy, Jean-Marie Colombani.

Générique de début de « L'heure de vérité » (INA)

« L'heure de vérité » connut un grand succès, le film « Vivre et laisser mourir » était assez médiocre, mais ce titre permet d'introduire aujourd'hui plusieurs thèmes d'une première personnalité de la transition environnementale :


Bruno David et la biodiversité

« Plus un système comprend d'espèces, plus il est fragile », déclare Bruno David, président du Muséum d'histoire naturelle de 2015 à 2023.

Le terme de biodiversité apparaît vers les années 1980. Il a connu un grand succès à partir du sommet de la terre de 1992.

Aujourd'hui, il paraît plus de 30.000 articles scientifiques par an faisant référence à la biodiversité.

Or la réalité qui se cache derrière ce terme est assez complexe.

La biodiversité, c'est d'abord la biosphère, c'est-à-dire l'ensemble du tissu vivant de la planète réparti jusqu'à près de 8.000 m sous les eaux jusqu'à 12.000 m à l'extérieur du globe dans l'espace ; donc 20 km dans et autour de la terre.

C'est aussi une incroyable richesse : le nombre d'espèces que nous avons sous les yeux.

Et en même temps un nombre incroyable d'abondance, c'est-à-dire le nombre d'individus présents dans chacune de ces espèces.

Bruno David

Bruno David évoque encore notamment dans son dernier ouvrage « À l'aube de la 6e extinction », Grasset, 2021 :

« Il vaudrait mieux voir disparaître le dernier éléphant que voir disparaître le dernier ver de terre, car si l'éléphant disparaissait de notre planète il ne déstabiliserait pas gravement son équilibre même si cette disparition était spectaculaire, alors que lorsque la biodiversité des sols sera détruite par la monoculture et par un usage non maîtrisé de certains engrais, et nous y allons, la terre arable celle capable de nourrir et donc de produire »

Rappelons que, par rapport aux 10 km de la biosphère, l'épaisseur de la terre arable sur terre est en moyenne de 25 cm.

Lorsque la biodiversité des sols sera détruite, la terre arable disparaîtra à son tour, adieu les cultures, adieu la majeure partie du monde végétal et ce qui s'ensuit…

Ainsi à la suite de la vague de chaleur du début juillet 2021 où le mercure approcha les 50° dans le nord-ouest de l'Amérique, là où le visionnaire Président Trump déclare que « c'est une arnaque », plusieurs études évaluèrent à environ un milliard le nombre d'animaux marins, coquillages et crustacés décimés en quelques jours…

Ces 30 dernières années, un quart des oiseaux d'Europe ont disparu et pourtant nous n'avons pas marché sur des cadavres d'oiseaux le long des routes et des chemins.

Tout laisse à penser que nous sommes à l'aube d'une 6e extinction qui arrive à une vitesse foudroyante : on estime que 500.000 à 1.000.000 d'espèces sont en train de décliner et que d'ici quelques années elles pourraient définitivement s'éteindre.

L'homme et sa consommation sans cesse croissante d'espace et d'énergie en est bien évidemment la première cause : si rien n'est fait, cette nouvelle crise majeure de la biodiversité aura bien lieu et l'humanité, dont la survie et la prospérité dépendent de l'équilibre de ces écosystèmes, pourrait bien elle aussi disparaître.

Les 5 principales menaces qui pèsent aujourd'hui sur la biodiversité sont successivement :

  • Le changement climatique
  • La destruction des habitats
  • La pollution
  • L'exploitation abusive des espèces
  • Et, on l'oublie trop souvent, l'introduction d'espèces invasives originaires d'un autre écosystème qui prolifère dans un nouvel habitat à son détriment.

À suivre…


Léo Ferré : du sale gosse de Sciences Po à l'artiste anarchiste

D'après Alex Laloue (pseudonyme d'Alexandre Galien), en charge du cours « Roman Noir, époque sombre » à la Chaire d'écriture et de rhétorique de Sciences Po.

Prix du Quai des Orfèvres 2020 pour son roman « Les cicatrices de la nuit ».

Léo Ferré

Dessin au crayon de la Péniche et portrait de Léo Ferré

Crédits : Stéphanie Samper / Sciences Po

Léo Ferré a usé ses pantalons sur les bancs de Sciences Po, dont il est sorti diplômé en 1939. De la Péniche aux plus grandes scènes françaises, retour sur un parcours rempli d'insouciance et de maladresse.

I.Léo Ferré, section administrative

Paris, 1936

Ses études à l'École libre des sciences politiques ne le passionnent pas, contrairement à d'autres étudiants comme François Mitterrand qui sort diplômé avec la mention « bien » en 1937. Assis à sa table, son cahier ouvert sur des titres tels que « La vie économique et le rôle de l'administration », il commence à prendre des notes, cherche à se concentrer, mais rien n'y fait. En dessous des quelques lignes de cours qu'il s'est efforcé de prendre, il griffonne des rimes.

Ses talentueux professeurs ne sont pas dupes. Dans son dossier, des appréciations comme « Style médiocre et décousu », « Ne paraît pas avoir jamais ouvert un traité de finances » côtoient de timides « Assez bien ».

Si le directeur du personnel du casino de Monte-Carlo, Joseph Ferré, son père — lui qui voulait que son fils devienne avocat — savait que le soir, Léo traîne ses guêtres dans les caves de Saint-Germain-des-Prés, n'aime rien d'autre que de boire du mauvais vin en compagnie de vieux musiciens tout en draguant les rares filles qui viennent déjà l'écouter… !

En 1938, après ses trois ans d'études, René Seydoux, le directeur de l'École, décide de ne pas lui accorder son diplôme.

En 1939, il passe ses examens pour la deuxième fois ; l'armée l'appelle et l'affecte au 81e régiment d'infanterie alpine.

Depuis sa petite chambre de soldat, il apprend qu'il peut retourner passer deux oraux pour finalement obtenir son diplôme parallèlement à sa licence de Droit.

Pendant l'Occupation, démobilisé, il rentre à Monaco et vit de petits boulots.

Bien décidé à laisser derrière lui toute carrière politique, il prend des cours de piano avec Léonid Sbaniev, un disciple du grand Alexandre Scriabine.

Il enregistre ses premiers disques, qu'il fait écouter à Charles Trenet. Pas convaincu.

C'est Edith Piaf qui lui demande de la rejoindre à Paris.

Sa carrière de chanteur commence. Comme pendant ses études, il bataille. Pas toujours appréciées, ses chansons sont jugées trop déprimantes à une époque où la musique sert à échapper à l'horreur.

Par orgueil, il continue. S'accroche, toujours plus fort.

À force d'échecs, il n'entend plus que la petite musique dans sa tête. C'est elle qui le pousse…

À la fin de l'été 1946, Léo Ferré obtient un engagement de trois mois au cabaret Le Bœuf sur le toit où il s'accompagne au piano. Il se lie d'amitié avec Jean-Roger Caussimon, à qui il demande s'il peut mettre en musique son poème « À la Seine ».

Ensemble, régulièrement, ils feront plusieurs chansons particulièrement appréciées du public comme « Monsieur William » (1950), « Le Temps du tango » (1958) ou encore « Comme à Ostende » (1960).

En décembre 1953, Léo Ferré chante à L'Arlequin, à Saint-Germain-des-Prés, où il partage un spectacle avec Pierre Dac et Catherine Sauvage.

DACÉCOUTE une chanson de Léo Ferré, « Nous les filles » chantée par Patachou en 1954.

« Nous les filles » par Patachou (écouter)

Une provocation féministe, une satire du machisme d'esprit libertaire, popularisée par Patachou et Catherine Sauvage dans la tradition « Chanson rive gauche » de la IVe République.

Soixante-quatre ans avant Me Too
et Balance ton porc.

Bernard Roth

Blog de Bernard Roth — Tania de Pornichet

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