Bernard Roth

Infolettre

Petit papier n°22

8 août 2026 · Dacadi Hebdo n°143

La Côte d'Amour (Première partie)

Bernard Roth Tania de Pornichet

Continue de lire, même si les flots t’engloutissent


Finlande

Finlande :
Chaque lecture est un acte de résistance !

Trump lance un abonnement payant atteignant 100 000 dollars par mois pour un accès prioritaire à ses publications Truth Social

Donald Trump dans le Bureau ovale

Donald Trump le jeudi 4 juin 2026, dans le Bureau ovale. © Julia Demaree Nikhinson

Depuis le 1er août, Donald Trump a officiellement lancé un service permettant d’avoir un accès anticipé à ses posts sur Truth Social.

Montant de cet abonnement : de 60 000 à 100 000 dollars par mois.

Ce nouveau service, baptisé Truth API, « Application Programming Interface », offre un accès quasiment instantané aux publications de Donald Trump sur son réseau, juste avant que le grand public n’en prenne connaissance et qui peuvent avoir un accès retentissant sur les marchés financiers.

Selon le Wall Street Journal, cinq entreprises financières avaient souscrit à « Truth API » peu après son lancement.


La Côte d’Amour : première partie

La côte d'Amour

La côte d'Amour désigne le secteur du littoral de la Loire-Atlantique.

Elle se situe au sud de la façade maritime de la Bretagne.

Les localités et stations balnéaires se trouvant sur son littoral sont, du nord au sud : Mesquer, Quimiac, Piriac-sur-Mer, La Turballe, Guérande, Batz-sur-Mer, Le Croisic, Le Pouliguen, La Baule-Escoublac, Pornichet, Saint-Marc-sur-Mer, Saint-Nazaire.


1942-1944 : le mur de l’Atlantique

Le Mur de l'Atlantique

Le Mur de l'Atlantique est un vaste système de fortifications construit par l'Allemagne nazie entre 1942 et 1944. S'étendant sur près de 5 000 kilomètres, de la Norvège au Pays basque, ce réseau de défenses avait pour but de repousser un éventuel débarquement allié sur les côtes de l’Europe de l’Ouest.

Un Tobrouk sur la plage

Un « Tobrouk » sur la plage

C’est une petite position bétonnée ouverte par le haut, utilisée pour l’observation et le tir à courte distance.

Il sert à couvrir les abords immédiats, les passages entre deux ouvrages et les angles morts.

Au départ, les travailleurs sont volontaires : les Allemands ayant besoin d'une main-d'œuvre spécialisée, ils sont deux à trois fois mieux payés.

Ensuite, des milliers de travailleurs forcés sont réquisitionnés :

  • Prisonniers de guerre comme les tirailleurs sénégalais
  • 10 000 Juifs internés dans des camps de travail forcé
  • Jeunes Français voulant échapper au STO en Allemagne
  • Républicains espagnols réfugiés en France

Collaboration des entreprises françaises

Deux cents grandes entreprises allemandes sous-traitent en partie à 15 000 entreprises françaises, sociétés du BTP et cimenteries principalement.

1 000 à 1 500 grosses et moyennes entreprises collaborent à la réalisation des travaux. Ainsi :

  • Société des Grands Travaux de France
  • Société de construction des Batignolles
  • Campenon Bernard Construction
  • Lafarge
  • Sainrapt et Brice
  • Thireau-Morel
  • Société Française des travaux routiers, etc.

Aujourd’hui, coût de démolition d’un bunker estimé à plus de 150 000 €

Les bunkers allemands, un fardeau de l’histoire — franceinfo


Les heures sombres de Saint-Nazaire : 1940-1945

17 juin 1940. Plus de 5 000 personnes, pour la plupart des soldats britanniques, s’entassent à bord du paquebot britannique Lancastria, au large de Saint-Nazaire, pour échapper aux troupes allemandes qui avancent vers les côtes atlantiques.

Le Lancastria

Alors qu’il s’apprête à quitter l’entrée de l’estuaire de la Loire, le navire est attaqué par un bombardier allemand : il coule en 15 minutes… La tragédie fera au moins 4 000 victimes.

La construction de la base sous-marine (1941-1943)

Saint-Nazaire fait partie des cinq ports (avec Brest, Lorient, La Rochelle-La Pallice et Bordeaux) où l'organisation Todt construit, à partir de 1941, d'immenses blockhaus pour abriter les sous-marins. Ces structures ont toutes subi d'intenses bombardements alliés sans jamais être détruites.

L'ouvrage est colossal : un bunker de près de 300 m de long, aux murs et au toit de plusieurs mètres (jusqu’à 9 m) de béton armé, doté de 16 alvéoles pour abriter les submersibles à l'abri des raids aériens. Il a causé la mort d'environ 10 000 soldats alliés.

La « poche de Saint-Nazaire » : septembre 1944

Hitler déclare que les bases sous-marines doivent résister par tous les moyens. La « Festung Saint-Nazaire », tenue par les troupes du General Junck, résiste jusqu'à la toute fin de la guerre — bien après la Libération de Paris.

C'est l'une des dernières poches de résistance allemande en France, tenue jusqu'à la capitulation de mai 1945.

La poche de Saint-Nazaire Le grand Blockhaus

La poche de Saint-Nazaire — Le grand Blockhaus

La poche de Saint-Nazaire est la plus étendue et la plus peuplée de toutes les poches atlantiques, sur une large superficie de 1 800 km2, des rives sud de l’embouchure de la Vilaine jusqu’au sillon de Bretagne à Savenay.

Elle se poursuit au sud de la Loire en englobant une partie du pays de Retz jusqu’à Pornic.

Alors que Paris et la majeure partie de la France sont libérées à l'été 1944, environ 120 000 civils y restent bloqués et environ 30 000 soldats allemands s'y retranchent.

Coupée du reste du monde, la population subit la famine,
le rationnement et l’état de siège pendant neuf mois de plus.


Conséquences tragiques pour la ville : entre juin 1940 et juin 1943, une cinquantaine de bombardements alliés avaient déjà détruit plus de 80 % de Saint-Nazaire et de communes voisines comme Trignac.

La Kommandantur allemande et des milliers de civils nazairiens sinistrés fuient les ruines pour se réfugier à La Baule, dont le parc immobilier est intact.

Les combats de la poche prolongent ces destructions jusqu’à près d’un an après le débarquement en Normandie, en 1945.

Les industries traditionnelles de la région nazairienne, la métallurgie avec les chantiers navals, l’aéronautique, les fonderies, la pétrochimie de Donges et de Paimbœuf, ont toutes été plus ou moins touchées par les bombardements aériens des Alliés avant la constitution de la poche.

Pendant le siège, l’absence de matières premières accélère la baisse des effectifs dans les rares entreprises en employant encore.

L’activité fluviale, maritime et portuaire est complètement arrêtée.

Les accès du port sont obstrués par des rangées de filets métalliques et des mines à commande électrique.

La poche Saint-Nazaire

Extraits de « La poche Saint-Nazaire » — Daniel Sicard

L'acte de capitulation des troupes de la poche est signé à Cordemais le 8 mai 1945, jour de la capitulation générale du Troisième Reich.

Saint-Nazaire est aujourd'hui une ville quasi entièrement reconstruite dans les années 1950.

La Baule, dont nous reparlerons prochainement, panse ses plaies : durant les Trente Glorieuses (1945-1975), la station passe d'un écrin pour happy-few à un haut lieu du tourisme de masse et de l'immobilier moderne.


Dacanecdote

3 janvier 1943 : Alan Eugene Magee, né en 1919, embarque à bord du B-17 « Snap! Crackle! Pop! » comme mitrailleur de tourelle ventrale, pour une mission au-dessus de la France.

Alan Eugene Magee

Touché en vol, son bombardier explose ; incapable de sauter et éjecté inconscient, il tombe sans parachute depuis plus de 6 000 mètres.

Au lieu d’une mort instantanée, il traverse la verrière vitrée de la gare de Saint-Nazaire, s’accroche aux poutres d’acier et voit sa chute brutalement ralentie.

Grièvement mutilé — bras presque arraché, dents brisées, jambes broyées, 28 blessures au total — il survit malgré des blessures atroces.

Secouru et opéré par des médecins allemands, ceux-ci lui sauvent la vie.

Évacué ensuite en camp de prisonniers en Autriche, il endure les suites de ses blessures mais survit à la guerre.

Après-guerre, Magee devient pilote civil et travaille dans l’aéronautique jusqu’en 1979.

Il meurt au Texas en 2003, à 84 ans.


Avant-hier

Au début du XIXe siècle, Saint-Nazaire n’est encore qu’un village côtier de pêcheurs, de marins et de pilotes de Loire.

Quelques années plus tôt, en 1808, Napoléon Ier est venu repérer l’embouchure de la Loire (Paimbœuf) comme potentiel site de construction navale.

En 1838, Saint-Nazaire est choisie comme avant-port de Nantes, ce qui change tout.

Le premier bassin est creusé au milieu du siècle, puis dès 1857, une ligne ferroviaire relie Paris et la ville maritime.

Le port de Saint-Nazaire vers 1860

Le port de Saint-Nazaire vers 1860 — Dessin de Deroy

La ville se met alors à grandir à toute vitesse, au point d’être surnommée la « petite Californie bretonne ».

Le 25 août 1861, Napoléon III signe un décret créant la Compagnie Générale Transatlantique (CGT) et désigne Saint-Nazaire comme tête de pont de l'expédition du Mexique.

En 1862, la ligne transatlantique vers Veracruz ouvre Saint-Nazaire sur le monde.

Le 14 avril 1864, ce sont principalement des soldats, du matériel militaire, des chevaux et des mules qui embarquèrent à bord de La Louisiane pour l’intervention militaire au Mexique.

L'Impératrice Eugénie

Une partie de la flotte de la CGT est construite à Saint-Nazaire, dont le premier paquebot, l’Impératrice Eugénie en 1864.

Une interdépendance se forme entre la ligne transatlantique, la construction navale et la ville de Saint-Nazaire. On y compte jusqu’à trente-deux représentations diplomatiques.

La gare et l'embarcadère

La gare et, au fond, l’embarcadère, fin XIXe

Les départs se font tous les quinze jours au début, car il y a nécessité de transporter des troupes et du ravitaillement.

À la fin de l’intervention militaire, la CGT maintient un départ chaque mois.

La traversée dure vingt-et-un jours.

Saint-Nazaire, jadis petit bourg marin posté à l’embouchure de la Loire telle une sentinelle de la mer, inaugurait la première liaison transocéanique de l’histoire de la navigation française, devenant le symbole de cette révolution technologique, sociale et humaine.

La ligne transatlantique Saint-Nazaire Veracruz

La ligne transatlantique Saint-Nazaire Veracruz (1862-1938), de Yves Robin, éditions L’Harmattan

« Cette ligne symbolise la mondialisation naissante. Elle accélère d’un coup le mouvement des personnes, des capitaux et des marchandises. Elle fait la jonction entre le réseau ferroviaire européen et celui du nouveau monde. À bord, les gens aisés sont en première classe, les migrants en fond de cale, en troisième classe. C’est une reproduction de la société capitaliste de l’époque. »

Yves Robin

Les chantiers navals s’installent et la construction maritime devient le moteur de la ville.

Grâce à la guerre du Mexique et à la manne de l’argent public, la ligne postale Saint-Nazaire–Veracruz fut un succès financier pour la Compagnie Générale Transatlantique.

La ville est en plein essor, surnommée la « petite Californie bretonne ».

Cependant, au cours du siècle, les échanges avec les États-Unis s’étaient accrus de façon exponentielle et le trafic maritime, monopolisé par les compagnies anglo-saxonnes, connaissait une croissance vertigineuse.

C’est pourquoi les frères Pereire décidèrent de créer une ligne postale entre Le Havre et New-York, qui fut inaugurée le 15 juin 1864 et qui relia Le Havre à New-York en treize jours avec 400 passagers à son bord.

La nouvelle ligne se révéla particulièrement rentable et renforça la position du Havre dans la stratégie commerciale de la Compagnie.

Pendant la Première Guerre mondiale, Saint-Nazaire joue un rôle majeur comme port de débarquement des Américains.

En 1917, Saint-Nazaire voit débarquer 250 000 soldats américains et 3 000 000 de tonnes de matériels. Après la fin du conflit, 487 000 soldats rembarqueront pour les États-Unis.

Débarquement des soldats américains, juin 1917

Juin 1917 : Saint-Nazaire voit débarquer 250 000 soldats américains

On l’appelle alors « Little America ».

En 1933, le gouvernement demande finalement l’arrêt des liaisons transatlantiques et seuls quelques navires restent actifs jusqu’en 1938. La CGT regroupe ses activités au Havre.

L’arrivée de l’aviation et la Seconde Guerre mondiale mettent le point final à cette ligne maritime et marquent profondément la ville, avec les destructions liées aux bombardements et à l’occupation.

Après 1945, Saint-Nazaire se reconstruit et se réinvente autour des chantiers navals et de l’industrie aéronautique.

La ville reste depuis un grand pôle industriel, portuaire et ouvrier de l’ouest français.

11 mai 1960

Salué par les cris des 100 000 spectateurs, par le mugissement des sirènes et par La Marseillaise, la coque de 315 m du paquebot France glisse le long de la cale et « épouse la mer » selon la formule du général.

Yvonne de Gaulle en est la marraine et le baptise.

« Et maintenant, que France s’achève et s’en aille vers l’Océan pour y voguer et pour y servir ! », s’exclame Charles de Gaulle.


Saint-Nazaire 2050

En 2025, la commune compte environ 75 000 habitants.

Elle est au cœur de l'unité urbaine de Saint-Nazaire qui, avec dix-sept communes, rassemble environ 200 000 habitants.

Les chantiers navals et l’aéronautique affichent un carnet de commandes de plus de 20 ans…

Un nouveau porte-avions, des éoliennes et autres sous-stations électriques, des paquebots de croisière, des avions, un terminal méthanier et un port très actif… sacré programme !

Saint-Nazaire n’a jamais connu une activité industrielle
et un dynamisme économique aussi florissant.

Environ 15 000 nouveaux emplois sont attendus d’ici 2031.

Les défis majeurs sont :

Adapter le port aux machines géantes

Le vrai saut industriel vient de l’éolien flottant, encore plus exigeant que l’éolien posé.

Il impose des pièces toujours plus lourdes, plus longues et plus hautes, avec des besoins de stockage et de manutention hors norme.

Réduire la dépendance aux fossiles

Le port indique encore aujourd’hui une forte dépendance à des activités liées aux énergies fossiles.

La montée en puissance des Énergies Marines Renouvelables (EMR) doit donc s’inscrire dans une transition réelle.

Garder le rythme industriel

Ces Énergies Marines Renouvelables demandent une coordination fine entre calendrier des appels d’offres, capacité de production, logistique portuaire et montée en compétence de la main-d’œuvre.

Si l’un de ces maillons flanche, la filière ralentit.

Autre chantier titanesque, la construction du Porte-Avions de Nouvelle Génération (PANG) qui va mobiliser plus de 2 000 salariés.

Le Porte-Avions de Nouvelle Génération

Le PANG, un projet estimé à 10 Mds€. © MO Porte-Avions, Naval Group, Chantiers de l'Atlantique et Technicatome

En tant que ville moyenne, Saint-Nazaire a la singulière particularité de compter un grand nombre d’établissements supérieurs et de recherche, avec plus de 15 établissements et 60 formations pour plus de 3 500 étudiants.

Sans compter la récente installation d’écoles d’ingénieurs renommées comme l’EPF (ex-École Polytechnique Féminine, aujourd’hui ouverte aux hommes) et le CESI-École d’ingénieurs, qui formeront les talents de demain.


Dacarevu 1953 : Les vacances de Monsieur Hulot

Après le succès de Jour de fête en 1949, premier long-métrage de Jacques Tati, le réalisateur souhaite « saisir la vie toute simple et l’atmosphère des vacances » dans un nouveau film.

Jacques Tati choisit Saint-Marc-sur-Mer, à côté de Saint-Nazaire :

Jacques Tati

Voir la séquence

Une plage en forme d’amphithéâtre, un hôtel les pieds dans le sable, une corniche surplombant l’océan, une mer en toile de fond : un véritable studio à ciel ouvert qui séduit toute l’équipe du film.

Le tournage, aux moyens limités, commence le 28 juin 1951 et s’achève 4 mois plus tard.

La production fait appel à la population locale pour participer au tournage du film et Monsieur Hulot est incarné par Jacques Tati lui-même.

Le 27 février 1953, la sortie en salle du film Les Vacances de Monsieur Hulot transforme la modeste station balnéaire de Saint-Marc-sur-Mer en un lieu mythique de la planète cinéma !

Pourquoi Monsieur Hulot ?...

Ce nom a été choisi par Jacques Tati à la suite d’un souvenir d’enfance :

Lorsqu’à plusieurs reprises ses parents dénonçaient à la concierge de leur immeuble tel ou tel incident ou dysfonctionnement, elle répondait systématiquement : « Ah ! Je vais le dire à Monsieur Hulot », qui était l’architecte de l’immeuble…


Dacécoute : « La complainte de la butte » par Cora Vaucaire (1955)

Chanson d'amour française, écrite par Jean Renoir, sur une musique de Georges van Parys, interprétée originellement par Cora Vaucaire en single et pour la musique du film French Cancan de 1955, de Jean Renoir.

Écouter « La complainte de la butte »

Cora Vaucaire est une chanteuse interprète française (née Geneviève Marguerite Collin) le 22 juillet 1918 à Marseille et morte à 93 ans, en septembre 2011 à Paris.

Elle chante des chansons du répertoire du café-concert et du Rive Gauche de l’après-guerre, notamment sur des textes de Jacques Prévert. Elle chante au festival du Marais en 1975 et 1981, au Japon dans les années 1980, et encore dans un dépouillement au sommet de son art :

  • à l'Olympia en 1991
  • au théâtre Déjazet (Théâtre Libertaire de Paris) en 1992
  • à la Comédie des Champs-Élysées en 1997
  • au théâtre des Bouffes-du-Nord en 1999

Avec plusieurs chansons phares, telles que :

  • Le Pont Mirabeau (poème de Guillaume Apollinaire, musique de Léo Ferré)
  • Maintenant que la jeunesse (poème de Louis Aragon, musique de Lino Léonardi)
  • L'Écharpe (paroles et musique de Maurice Fanon)

Pour en savoir plus

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