Bernard Roth

Infolettre

Petit papier n°28

22 août 2026 · Dacadi Hebdo n°145

Nos ancêtres, les baulois

Bernard Roth Tania de Pornichet

Ne nous prenons pas au sérieux, il n'y aura aucun survivant

— Alphonse Allais

Droit de réponse 1

Un éminent dacadien de la première heure nous écrit à propos du Petit Papier n° 21 :

« Cher Bernard,

Excellente approche de la France des XIIème et XIIIème siècles !

Centralisation royale, mise en place d’une classe féodale, début de transformation des serfs en paysans taxables, importance des universités, extraordinaires inventions de l’architecture gothique…

Un bémol : ne pas oublier certaines dimensions très sombres de l’époque comme l’antisémitisme délirant de Saint-Louis »

NDLR : dont acte, voici deux ouvrages édifiants à ce sujet pour en savoir plus :

Lire l’article sur La Vie des idées Lire l’ouvrage sur OpenEdition

Droit de réponse 2

Un éminent dacadien de la première heure (c’est le même) nous écrit également à propos du Petit Papier n° 21 :

« Cher Bernard,

Excellente approche de la France des XIIème et XIIIème siècles !

…/… Economie : ne pas oublier que c’est l’époque de la première révolution industrielle »

NDLR : dont acte aussi :

Dans son œuvre monumentale « Civilisation matérielle, économie et capitalisme (XVe-XVIIIe siècle) », l’historien de l’École des Annales (cf. Petit Papier n° 2 59 Boulevard Raspail l’EHESS) démontre que l’Europe n’a pas attendu le XVIIIe siècle pour transformer radicalement ses structures productives et énergétiques.

Fernand Braudel

Fernand Braudel

Fernand Braudel articule cette première révolution autour de trois axes socio-économiques majeurs :

  • L’essor des sources d’énergie (le « moteur vivant ») : l’Europe multiplie ses forces de traction.
  • L’émergence d’un capitalisme précoce (notamment les Cisterciens, considérés par Braudel comme de véritables entrepreneurs industriels — cf. Petit Papier n° 13 Clairvaux).
  • Une transition vers l’économie de marché.

Ce sont les seigneurs, les monastères puis la bourgeoisie marchande qui financent ces infrastructures, posant les bases du capitalisme de production.

Cette explosion de la production coïncide avec le renouveau urbain et l’essor des grandes foires de Champagne.


Le sujet du jour

Nos ancêtres, les baulois

Raoul Dufy, 1930

Juillet 1959 : le Casino de La Baule accueille Yves Montand pour une série de tours de chant estivaux.

Ses spectacles affichent complet, le public baulois brise des records d’applaudissements et le rappelle sur scène soir après soir.

Yves Montand

Getty

Quelques semaines plus tard, en septembre 1959, ils s’envoleront pour les États-Unis.

Yves Montand triomphera à New York, puis à Hollywood, où il tournera le film Le Milliardaire aux côtés de Marilyn Monroe….

1961 : revoir le générique de « Lola » de Jacques Demy

Voir le générique de Lola

Rembobinons…

Une baule (ou bôle) est une zone recouverte par l’océan lors des grandes marées (région de Guérande).

La localité apparaît dans l’histoire au XIIIe siècle sous le nom de la paroisse du lieu : Escoublac (qui devient La Baule-Escoublac en 1961).

Tout au long du XIXe siècle, des chantiers de boisement de pins maritimes sont menés pour stabiliser les dunes côtières.

En 1879, le premier train de chemin-de-fer, Saint-Nazaire-Le Croisic (dont le port prospère depuis le XIVe siècle, notamment avec le commerce du sel de Guérande) s’arrête là, au milieu des dunes plantées de pins.

Plusieurs personnalités vont décider de l’avenir de la Station dont :

  • Jules Joseph Hennecart
  • Louis Lajarrige
  • François André

I.Le Comte Jules-Joseph Hennecart

Ce financier parisien fait établir par son ami le Comte Edouard Darlu, agent de change, un acte d’achat d’une quarantaine d’hectares de dunes de sable (la « Bôle ») sur la commune d’Escoublac au prix de vente : 1 franc le m².

Il souhaite en faire un lieu de villégiature et fait tracer la grande avenue centrale menant à la mer (l’actuelle avenue du Général-de-Gaulle).

Conçue comme la station balnéaire rêvée, elle s’inspire des villes « impériales » comme Biarritz ou Deauville.

L’homme d’affaires s’associe avec les propriétaires terriens de la région et lance de véritables « opérations de communication » dans la presse nationale.

Les journaux vantent désormais La Baule, « plus belle plage d’Europe », auprès de leurs lecteurs.

Son atout majeur ? Elle est bordée par une bande côtière sablonneuse de près de 10 km de long, ce qui permet d’accueillir de nombreuses nouvelles animations.

En 1900, on compte près de 2 400 villas ainsi qu’une trentaine d’hôtels et deux casinos.


II.Louis Lajarrige

1921 : l’entrepreneur achète 230 hectares à La Baule-Escoublac et entreprend de lotir le futur quartier La Baule-les-Pins tout en y préservant la nature.

Il confie aux architectes Lévêque et Fabre le soin de proposer un plan d’urbanisme en étoile où les routes serpentent entre les arbres pour respecter la nature.

Il obtient le détournement de la voie ferrée qui joint Pornichet à La Baule en longeant la côte, traversant le quartier en devenir.


III.François André (1879-1962)

Va créer les conditions d’une attractivité internationale de la station en combinant hôtels, jeux et loisirs.

Après avoir développé Deauville, il rachète le casino de La Baule en 1919.

Il le fait entièrement reconstruire pour inaugurer ses 3 000 m² en 1925.

Équipé de somptueux salons de jeux (baccara, roulette), d’une salle de bal et d’un théâtre, et de boutiques, il devient le point de ralliement obligatoire de la haute société. C’est sur cette scène que se produiront, des décennies durant, Maurice Chevalier, Mistinguett, puis plus tard Yves Montand et Charles Aznavour.

Pour loger sa riche clientèle, il lance également en 1925 le chantier de L’Hôtel Hermitage. Conçu, comme le Casino, par l’architecte nantais Ferdinand Ménard dans un style classique et anglo-normand, ce palace de 300 chambres est construit en à peine 9 mois et inauguré en 1926.

..et le Castel Marie-Louise, manoir de la Belle Époque

Magnifique bâtisse de style anglo-normand transformée en un hôtel-restaurant de très grand luxe, plus intimiste que l’Hermitage.

Niché dans un parc boisé face à l’océan, il devient le repaire des stars de cinéma et des écrivains en quête de discrétion.

Il abrite aujourd’hui encore une table gastronomique renommée.

Pour attirer la haute société internationale durant les années 1930, François André fait concevoir un immense Country Club de tennis près des marais salants et un parcours de golf de 18 trous au Pouliguen.

Il fait venir à La Baule des pur-sang pour les premières courses hippiques, organise des régates, des meetings aériens, une école d’équitation et un complexe de trente courts de tennis.

À sa mort, son neveu Lucien Barrière prendra sa suite, ancrant définitivement le nom du groupe dans l’histoire locale.

C’est l’époque du premier yacht-club et des grands prix automobiles de La Baule où Bugatti et Mercedes rivalisent.

Mais le spectacle le plus prisé reste celui des meetings aériens.

Pionniers et figures de légende de l’aviation française se succèdent à La Baule-Escoublac !

Mistinguett descend des airs dans un « coucou » piloté par Blériot, Sacha Guitry arrive de Paris en avion lui aussi, avec son épouse Yvonne Printemps, pour séjourner dans leur superbe villa, « La Grande Mare », au Guézy.

Dès la fin des années 30, l’aérodrome de La Baule-Escoublac propose, pendant la période estivale, un vol direct Paris-Le Bourget-La Baule en deux heures.

Le DC3 Paris-La Baule vers 1950


Les villas bauloises

L’architecture des villas anciennes de La Baule, conçues principalement entre la fin du XIXe siècle et les années 1930, se caractérise par un éclectisme total et une fantaisie propre à l’architecture balnéaire.

Plusieurs grands styles dominants :

I.Le style Anglo-Normand et les Châteaux

Inspiré des cottages anglais et des manoirs normands, ces villas arborent des façades asymétriques ornées de colombages peints de couleurs vives, de hautes toitures pointues, et des bow-windows qui maximisent l’entrée de la lumière.


II.Le Régionalisme (Basque, Landais et Breton)

Les Années folles voient exploser la tendance des villas régionales. On trouve ainsi de grandes villas de style néo-basque, landais ou néo-breton.

Maison Ker Louisic, 1910 — architecte : Georges Lafont


III.L’Art Déco et le style « Paquebot »

À partir des années 1920 et 1930, la modernité s’installe à La Baule-les-Pins avec l’apparition du style Art Déco. En rupture complète avec le pittoresque des colombages, ces villas se définissent par des lignes géométriques épurées, des volumes cubiques, des toits-terrasses et des façades en béton clair. Le style « paquebot » (mouvement moderniste) y ajoute des fenêtres en hublot, des balcons en étrave et des rambardes métalliques tubulaires rappelant les grands navires de ligne.

Villa Les Korrigans

Villa « Les Korrigans »

Villa Art Déco

Villa Art Déco — réhabilitation Agence 9005


Quatre architectes dacarbitrairement retenus

I.Adrien Grave (1888-1953)

Architecte emblématique de La Baule-les-Pins, il a su adapter ses créations à l’évolution des modes balnéaires.

Réalisations majeures :

  • La célèbre Villa Les Korrigans (photo ci-dessus)
  • La Villa Les Améthystes (1933)
  • La Villa Bernard (considérée comme la plus ancienne villa de style néo-breton du quartier)
  • La Villa Les Libellules

Il a également dessiné (en collaboration avec Roger Pons) la gare de La Baule-Escoublac en 1927 ainsi que les plans originels de l’église Sainte-Thérèse de La Baule-les-Pins en 1928.


II.Georges Meunier

Grand confrère et parfois associé d’Adrien Grave au début des années 1920, Georges Meunier est l’un des artisans majeurs du style régionaliste et pittoresque sous la pinède.

Réalisations majeures :

  • Le Logis Saint-Clair (1926)
  • La Villa Ker Martine (1926)
  • Les villas Clair de Lune et Rayons de Soleil
Villa Clair de Lune Villa Rayons de Soleil

Clair de Lune

Rayons de Soleil


III.Édouard et Paul-Henri Datessen

Édouard Datessen s’est principalement illustré au tout début du XXe siècle avec des villas massives et théâtrales comme La Paludière (1905) ou Ker Marvan.

Paul-Henri Datessen, son fils, a repris le flambeau dans l’entre-deux-guerres, combinant influences hispaniques et art déco, comme en témoigne la monumentale villa Las Maravillas (1926) ou la villa Le Mas située sur le boulevard de l’Océan.


Le bétonnage du front de mer

Entre les années 1960 et 1980, remplacer une seule villa familiale par une résidence de 6 à 8 étages permettait de loger des dizaines de familles et s’avérait extrêmement rentable.

En l’espace de deux décennies, des centaines de chefs-d’œuvre architecturaux (styles anglo-normand, mauresque ou art déco) ont été démolis sous les pics des lignes de reconstruction.

I.Le symbole : l’immeuble « Les Vagues »

Au milieu de cette architecture fonctionnelle parfois monotone, un bâtiment emblématique bouscule les codes en 1979 : l’immeuble Les Vagues (ou The Waves), dessiné par l’architecte français Pierre Doucet, Grand Prix de Rome 1960.

Le front de mer L’immeuble Les Vagues

Le front de mer début XIXe

Les Vagues

Situé à l’entrée de la baie, l’immeuble adopte une architecture audacieuse en gradins incurvés imitant le mouvement des vagues marines.

À l’époque, le projet suscite une vive opposition d’une partie des habitants qui contestent sa hauteur, sa largeur et son emprise massive au sol.


II.La réaction : du bétonnage au plan de sauvegarde

La municipalité a fini par modifier son Plan d’Occupation des Sols (POS) au début des années 1991.

La protection du second rideau : les règles d’urbanisme ont été drastiquement durcies pour sanctuariser l’intérieur des terres (les quartiers des oiseaux, La Baule-les-Pins).

La plage Benoit

La plage Benoit dans les années 60

Et interdire des démolitions : des milliers de villas subsistant dans la pinède ou en front de mer sont désormais protégées par un Site Patrimonial Remarquable (SPR).


III.La réinvention actuelle : le projet de la « Promenade de Mer »

Consciente de l’aspect très minéral hérité des années 70, la ville a lancé un chantier d’envergure pour végétaliser et réaménager entièrement le remblai.


Un géant démographique

La Baule-Escoublac n’est pas qu’une station balnéaire ; c’est un géant démographique.

Passer de 17 000 résidents à l’année à plus de 180 000, accueillir 2 millions de visiteurs chaque été : l’icône de l’Atlantique a changé de dimension.

Source — Ouest France


Conclusion de l’été

Pour les dacadiens qui veulent découvrir l’ensemble du phénomène de balnéarisation des côtes à partir de la fin du XIXe siècle, Dacadi recommande l’exceptionnel ouvrage :

« Tous à la plage », 2021
Sous la direction de Bernard Toulier

Archéologue et historien de l’architecture, conservateur général honoraire du patrimoine.

Il présente la singularité de l’architecture et de l’urbanisme des bords de mer, ainsi que l’évolution de la société et de son rapport au littoral.

Tous à la plage Bernard Toulier

Ed. Lienart / la Cité de l’architecture et du patrimoine

Bernard Toulier

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Dacécoute : « Dis, quand reviendras-tu ? » 1962

Barbara

Barbara rencontre Hubert Ballay, homme d’affaires, directeur artistique chez Barclay, auteur, compositeur de musique, diplomate en Côte d’Ivoire en 1959.

Elle part vivre trois mois avec lui en 1961, à Abidjan où elle chante dans le plus célèbre cabaret de strip-tease local, « Le Refuge », ouvert par le truand Jo Attia.

Barbara

Barbara

Rentrée à Paris, la chanteuse attend pendant des mois le retour de son amant alors que ce dernier, passionné par l’Afrique, demande à l’artiste de quitter L’Écluse, le cabaret parisien de la rive gauche, pour le rejoindre.

Elle lui écrit deux cents lettres et lui dédie une de ses toutes premières chansons, dans laquelle elle le menace de trouver un consolateur : « J’irais me réchauffer à un autre soleil ».

Lorsque Ballay revient finalement s’installer en France, la rupture est consommée.

Barbara aura d’autres amours comme le peintre Luc Simon, l’acteur Pierre Arditi ou l’accordéoniste Roland Romanelli…

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