Prologue
Et avec ceci ?…
Désarçonné par la question de la boulangère,
Bernard Arnault rachète la boulangerie
C'est une question anodine que les Français ont l'habitude d'entendre à la boulangerie.
Un « avec ceci ? » qui permet au commerçant de s'assurer que son client ne désire rien d'autre et qui permet de pousser à l'achat d'un pain au chocolat ou d'une tarte aux fraises pour les plus gourmands.
Une question qui a visiblement surpris Bernard Arnault, contraint d'aller acheter son pain lui-même pour la première fois de sa vie après avoir supprimé le poste de son assistant personnel, faute de rentabilité.
© (Photo by Chesnot/Getty Images)
La boulangère n'en revient toujours pas : « Il est venu acheter une baguette de pain, un billet de 200 euros à la main en me demandant si ça suffirait ».
Voulant s'assurer que l'homme d'affaires ne désirait rien d'autre, la commerçante s'est fendue de son traditionnel « avec ceci ? », sans en mesurer les conséquences.
« J'ai lu la panique dans ses yeux, il a tourné le regard vers les chouquettes, les paninis au thon, il m'a regardée et j'ai vu des larmes dans ses yeux ».
Bernard Arnault dément toute erreur liée à la précipitation et parle d'une stratégie commerciale parfaitement maîtrisée.
Souhaitant intégrer son nouvel achat dans son groupe de luxe, Bernard Arnault s'oriente vers une refonte totale de l'offre de la boulangerie avec une formule du midi « sandwich au caviar et safran sauvage + bouteille de Romanée-Conti » à 43 000 € seulement.
Dans la même journée, Bernard Arnault a dû déposer son auto chez le garagiste, qui lui a demandé s'il en profitait pour lui changer les plaquettes.
De nouveau pris de court, Bernard Arnault est désormais propriétaire des garages Norauto.
Publié le mar 30 Jul 2026 — Par La Rédaction du Gorafi
Les hommes de la liberté (IIè Partie)
(François-Marie Arouet, dit VOLTAIRE, Tancr. IV, 6)
I.Jean-Baptiste Donatien de Vimeur, comte de Rochambeau (1725-1807)
Jean-Baptiste Donatien de Vimeur, comte de Rochambeau
Né à Vendôme en 1725, Rochambeau, d'abord destiné à l'Église, bascule dans les armes après la mort de son frère aîné.
Vétéran des guerres de Succession d'Autriche et de Sept Ans, il acquiert une réputation de stratège prudent et de meneur d'hommes.
En 1780, Louis XVI le place à la tête du corps expéditionnaire français (≈ 5 500 hommes) envoyé soutenir les insurgés américains ; il débarque à Newport en juillet 1780.
Supérieur en grade à Washington selon les usages européens, il accepte de se placer sous son commandement, geste politique clé qui préserve la légitimité de l'intervention française et scelle la confiance entre les deux armées.
Plus expérimenté, il tempère l'impatience de Washington, le dissuadant d'attaquer New York et l'orientant, lors des conférences de Hartford (sept. 1780) puis Wethersfield (mai 1781), vers la Virginie où Cornwallis est retranché à Yorktown.
En 1781, une marche conjointe de plus de 700 km mène les troupes franco-américaines en Virginie ; la flotte de l'amiral de Grasse bloque la baie de Chesapeake (5 sept. 1781), privant les Britanniques de tout renfort ou évacuation.
Encerclé, bombardé, sans issue, Cornwallis capitule le 19 octobre 1781 : cette victoire décisive brise la volonté politique britannique et conduit au traité de Paris (1783) reconnaissant l'indépendance des États-Unis. Rentré en France auréolé de gloire, Rochambeau reçoit l'ordre du Saint-Esprit, devient gouverneur de Picardie puis d'Artois, et est fait maréchal de France en 1791.
La Révolution retourne sa situation : suspecté comme noble de l'Ancien Régime, il est emprisonné sous la Terreur (1793-1794) et échappe de justesse à la guillotine après la chute de Robespierre.
Napoléon lui accorde une pension et le fait grand officier de la Légion d'honneur (1804) ; il meurt en 1807 à 82 ans, ayant traversé Ancien Régime, Révolution et Empire.
II.L'amiral François Joseph Paul, comte de Grasse
Origines et débuts
Né le 13 septembre 1722 au Bar-sur-Loup, en Provence, dans une famille de noblesse provençale, François Joseph Paul de Grasse entre très jeune dans la marine royale. Il sert d'abord comme garde-marine chez les Chevaliers de Malte dès l'âge de 11 ans, avant d'intégrer officiellement la marine française en 1740.
Il se distingue durant plusieurs conflits du XVIIIe siècle :
- La guerre de Succession d'Autriche, où il est fait prisonnier par les Britanniques en 1747 (bataille du cap Finisterre) puis échangé.
- La guerre de Sept Ans, où il continue à gravir les échelons.
Il acquiert la réputation d'un marin courageux, technique et déterminé, mais aussi d'un homme au caractère parfois difficile et autoritaire.
Joseph Désiré Court
Le contexte : la guerre d'Amérique
« Vous avez été l'Arbitre de la guerre ! »
George Washington
Lorsque la France entre en guerre aux côtés des insurgés américains en 1778, de Grasse sert d'abord dans l'escadre du comte d'Estaing puis de Guichen, participant à plusieurs actions dans les Antilles — théâtre stratégique majeur où Français et Britanniques se disputent les riches colonies sucrières.
En mars 1781, il prend le commandement d'une flotte importante partant de Brest pour les Antilles, avec pour mission de protéger les possessions françaises tout en restant disponible pour appuyer l'effort de guerre en Amérique du Nord si l'occasion se présentait.
La décision stratégique clé
C'est là que de Grasse joue un rôle véritablement décisif, souvent sous-estimé face à la gloire de Washington et Rochambeau. Après des opérations dans les Caraïbes (notamment la prise de Tobago), il reçoit des messages de Rochambeau et du chevalier de La Luzerne (ministre français en Amérique) l'informant de l'opportunité de frapper un grand coup contre Cornwallis en Virginie.
De Grasse prend une décision audacieuse et risquée pour sa carrière : il choisit de mobiliser l'intégralité de sa flotte — 28 vaisseaux de ligne — pour remonter vers la baie de Chesapeake, plutôt que de se contenter d'un détachement partiel. Il laisse temporairement les Antilles moins protégées, un pari stratégique majeur.
La bataille de la Chesapeake (5 septembre 1781)
Arrivé le 30 août dans la baie de Chesapeake, de Grasse y débarque des troupes de renfort pour Lafayette et bloque l'embouchure.
Le 5 septembre 1781, la flotte britannique de l'amiral Thomas Graves (19 vaisseaux, venue de New York pour tenter de dégager Cornwallis) se présente au large.
La bataille qui s'ensuit est stratégiquement décisive :
Cette bataille est souvent considérée par les historiens comme l'une des batailles navales les plus importantes de l'histoire, précisément parce qu'elle ne s'est pas soldée par une destruction massive, mais par un résultat stratégique : Cornwallis est définitivement coupé de tout secours par mer, ce qui rend Yorktown inévitable.
Les Anglais ont payé le prix de leur dispersion, de la lenteur des communications, de l'absence de coordination et des tensions entre Sir Henry Clinton, général en chef, et l'impétueux Lord Charles Cornwallis.
https://www.facebook.com/reel/1090137170051270
Washington lui-même reconnaîtra explicitement, dans sa correspondance, que sans la flotte française, la victoire de Yorktown aurait été impossible — un hommage rare venant d'un général généralement peu prodigue en éloges envers les alliés.
La carrière de Grasse connaît ensuite un revers brutal :
En avril 1782, lors de la bataille des Saintes dans les Antilles, sa flotte est sévèrement défaite par l'amiral britannique George Rodney.
De Grasse est fait prisonnier sur son propre vaisseau amiral, le Ville de Paris.
Emmené captif en Angleterre, il y est reçu avec les honneurs dus à son rang (pratique courante pour les officiers supérieurs de l'époque), mais l'humiliation militaire est réelle.
De retour en France après sa libération, il doit faire face à une cour martiale où certains de ses subordonnés l'accusent d'erreurs tactiques aux Saintes. Il est partiellement blanchi, mais sa réputation reste ternie, et il ne reprend jamais de commandement actif.
Il se retire de la vie militaire active et meurt à Paris le 11 janvier 1788
III.Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (1732-1799)
« De l'intrigue et de l'argent ; te voilà dans ta sphère »
Suzanne à Figaro
« Cet intrigant de Français… un aventurier en fureur »
Goethe à propos de Beaumarchais
Ce fils d'un horloger respecté fait preuve d'un talent précoce dans un tout autre domaine que celui de la littérature : à vingt et un ans, il invente la montre à échappement. Il confie sa découverte à l'horloger du roi, Lepaute, qui s'en attribue aussitôt le mérite. Outré, le jeune homme publie sur-le-champ un mémoire où il accuse Lepaute de contrefaçon. Il obtient gain de cause.
Il se marie avec une veuve, Mme Franquet, se fait nommer Beaumarchais, du nom d'une terre de sa femme, s'introduit à la Cour, passe de l'horlogerie à la musique et apprend à Mesdames, filles de Louis XV, à jouer de la harpe. Il achète une charge qui l'anoblit, la « lieutenance générale des chasses aux bailliage et capitainerie de la Varenne du Louvre » (1761). Jouissant de la faveur de Mesdames, protégé et enrichi par le financier Joseph Pâris-Duverney, Beaumarchais est un homme « arrivé ». Il débute en littérature par des parades, farces hardies et gaies, divertissements privés volontiers obscènes ou scatologiques, dont l'effet comique repose sur quiproquos, à-peu-près et coups de bâton.
Survient l'intermède espagnol. En 1764, notre homme part pour l'Espagne. Raison officielle : négocier pour obtenir le monopole du transport des esclaves africains dans les colonies espagnoles et le droit de coloniser la Louisiane. Raison privée : venger l'honneur de sa sœur Lisette, victime d'un infâme séducteur, Clavijo. Beaumarchais mène tambour battant la dernière affaire : Clavijo est condamné. Il est moins heureux dans ses entreprises d'agent diplomatique : les Anglais lui soufflent finalement la fourniture des esclaves.
Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais
©Getty - Hulton Archive
En ces heures troublées, Beaumarchais ne peut rester en repos : il s'engage dans une affaire où il exposera sa vie et qui lui fera perdre la majeure partie de sa fortune ; il achète à la Hollande 60 000 fusils pour armer les volontaires. Le secret transpire : on dénonce à la tribune de l'Assemblée l'accapareur qui conserve des armes. Beaumarchais est arrêté et enfermé à la prison de l'Abbaye. Libéré, il part pour Londres et préfère ne pas rentrer en France, où, étant sous le coup d'un décret d'accusation, il risque l'échafaud. Il se retire à Hambourg.
Enfin, le 5 juillet 1796, il peut revenir à Paris et embrasser, dans sa splendide maison dévastée, sa femme, sa fille et sa sœur. Sa fortune restaurée grâce au remboursement de ses créances sur la République, il a une dernière joie : en mai 1797, la Mère coupable est reprise triomphalement. Deux ans plus tard, dans la nuit du 17 au 18 mai, il meurt d'une attaque d'apoplexie.
Dacanecdote 1
Au service secret de sa majesté Louis XV
![]() |
![]() |
Beaumarchais
Paul Constant Soyer en 1886
28 février 1774.
Sur la route de Versailles, Beaumarchais presse son cocher : il a rendez-vous avec Louis XV et pressent une nouvelle aventure. Fils d'horloger anobli, homme d'affaires et « lieutenant-général des chasses », il rêve surtout d'entrer au « secret du roi », le service parallèle d'espionnage de la couronne.
Dans les appartements, un monarque fatigué lui tend un libelle : « Mémoires secrets d'une femme publique ».
Il s'agit d'un pamphlet écrit depuis Londres contre Mme du Barry, cible de chantages et de diffamations.
Mission : « Détruisez tous les exemplaires que son auteur s'apprête à répandre en Europe.
Si vous réussissez, j'annulerai votre blâme et vous recouvrerez votre charge. »
Beaumarchais file pour Londres, où l'imprimé jouit d'une liberté inouïe.
L'auteur, Charles Théveneau de Morande, est un maître-chanteur vivant du chantage éditorial.
Dans un petit bureau misérable, l'envoyé du roi joue cartes sur table : « 20 000 livres sur la cassette royale, plus une rente viagère de 4 000 livres… et entrez à notre service. » Marché conclu.
Quelques jours plus tard, les pamphlets sont brûlés près de l'église Saint-Pancras, et Morande enrôlé.
Mais le 10 mai 1774, Louis XV meurt avant de lever le blâme.
Beaumarchais devra attendre Louis XVI pour recouvrer pleinement ses droits — après une autre mission, tout aussi habile.
Dès 1775, il convainc Versailles de soutenir secrètement les insurgés américains.
En mai 1776, avec l'accord tacite du roi et du ministre Vergennes, il crée une société-écran : Roderigue Hortalez et Cie.
Officiellement, une firme commerciale ; en réalité, un canal pour acheminer armes, poudre et équipements depuis les arsenaux royaux, via les ports français et les Antilles, sous couverture de négoce privé.
Financée par des fonds secrets français (≈ 1 million de livres) et espagnols (montant similaire), l'opération est massive : dizaines de milliers de fusils, centaines de canons, centaines de tonnes de poudre.
Cette aide, antérieure à l'alliance formelle de 1778, est jugée déterminante pour permettre aux insurgés de tenir jusqu'à Saratoga (1777), victoire qui précipite l'engagement officiel de la France.
Ironie de l'histoire : Beaumarchais, qui se considérait comme un entrepreneur devant être remboursé, ne le sera jamais totalement de son vivant.
Le Congrès américain ne réglera partiellement la dette qu'en 1835, à sa fille Eugénie.
Entretemps, l'homme aux multiples casquettes aura
- créé la première Société des auteurs,
- publié à Kehl la première édition complète des œuvres de Voltaire,
- triomphé en 1785 avec Le Mariage de Figaro,
- louvoyé pendant la Révolution,
- puis exploré… l'aviation. Pionnier de l'aéronautique, il avait prédit la montée en puissance des États-Unis et « l'ascension des corps graves dans le fluide léger de l'air ».
Il a réellement, comme il l'annonçait, vécu deux cents ans… et plus
Dacanecdote 2
Un ravitailleur en artiste
« Beaumarchais dépêcha vers Washington en 1785 Jean-Antoine Houdon, qui avait sculpté le Voltaire assis du théâtre français, l'élève de Pigalle et le maître de l'écorché. Houdon fit les bustes et les statues de Franklin, de Lafayette et de Jefferson ; pour le Capitole de Richmond (Virginie), il campa le général Washington en uniforme.
![]() |
![]() |
Voltaire assis Washington Mirabeau
Il avait par ailleurs fait passer dans les troupes de La Fayette son protégée Pierre Charles Lenfant, 23 ans.
Le généralisme le remarqua alors qu'il édifiait des fortifications, il en fit un officier du génie et de génie.
Architecte à New York Lenfant fut chargé de dresser les plans de la future capitale Washington, de la Maison Blanche et du Capitole. Tout ceci est un peu l'œuvre de Beaumarchais qui décidément, et de point de vue divers, aura bien mérité de l'Amérique… »
Un concours est lancé et L'Enfant le remporte. Pierre Charles L'Enfant, fondateur de la ville de Washington. 693620883 Il se met immédiatement au travail. Avec l'aide de géomètres, les frères Andrew et Joseph Ellicott, et d'un Noir libre, Benjamin Banneker, il entreprend le relevé topographique et l'arpentage de la future ville. L'Enfant voit grand. Il veut non seulement doter le pays d'une capitale, mais également instaurer un nouvel ordre architectural, le style fédéral. Celui-ci s'inspirera du néo-classicisme, mais en y intégrant des éléments propres et, surtout, une dimension à la mesure de l'immense pays en devenir. Il dessine un plan en damier dont la monotonie sera rompue par de grandes avenues rayonnant en diagonales, inspirées des jardins de Versailles.
Il veut de grands espaces verts et de vastes perspectives qui seront dominés par le Capitole, siège du pouvoir législatif.
Tout cela est très beau et très majestueux, mais le territoire où la ville sera construite n'est pas une res nullius, il appartient à quelques grands propriétaires qui entendent être indemnisés.
Dans un délai record et au prix d'une intense activité, L'Enfant et ses collaborateurs tracent un plan directeur qu'ils soumettent en 1791. C'est le fameux Grand plan dont l'application va se heurter à bien des obstacles.
Plafond du Capitole — L'Enfant montre au président son plan de ville
En effet, des propriétaires notamment Daniel Carroll of Duddington veulent construire ou ont déjà construit des demeures à l'emplacement de certaines des artères que L'Enfant entend ouvrir.
Le Président prône la conciliation, L'Enfant tente de forcer la décision.
Sans doute oublie-t-il qu'il ne vit plus dans une monarchie absolue, mais dans un état de droit (under the rule of law) et que, fût-il président, George Washington ne peut s'opposer aux décisions des Commissaires.
En février 1792, c'est la rupture.
Face à l'attitude ferme du Président, L'Enfant démissionne et se retire en emportant ses plans et ses études. Accueilli chez des amis, il se mure dans le silence. Finalement, ce sont ses collaborateurs qui, de mémoire, vont reconstituer les plans de la ville fédérale.
Ce sont aussi d'autres architectes talentueux qui vont édifier le Capitole et la Maison du Président (on ne l'appelle pas encore la Maison blanche), dont L'Enfant avait situé l'emplacement et esquissé les lignes. Quelque 70 ans plus tôt, un autre Français, Alexandre Leblond, avait dressé le plan directeur de Saint-Pétersbourg. Ainsi, dans leur conception, deux des plus belles villes du monde sont dues à des architectes français.
L'Enfant meurt dans la pauvreté, ne laissant derrière lui que trois montres, trois boussoles, des livres, des cartes et des instruments géodésiques, d'une valeur totale estimée à environ quarante-six dollars
En 1901, la commission McMillan redécouvre ses plans et les utilise comme pierre angulaire de son rapport de 1902, pour élaborer le National Mall de Washington. Sa nation adoptive reconnaissant finalement son génie, en 1909, sa dépouille est exposée dans la rotonde du Capitole puis transférée au cimetière d'Arlington. Privilège réservé d'habitude aux hommes politiques et aux soldats.
« Beaumarchais et les insurgents d'Amérique »
André Lebois — Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest, Année 1977
Tombe de Pierre-Charles LENFANT, cimetière d'Arlington
Novembre 2022 — © Marin Ludovic/Pool/ABACA
Dacanecdote 3
Beaumarchais et la folie des ballons
En 1783, la France est saisie par la « ballomanie ».
Les premiers vols des frères Montgolfier et du physicien Jacques Charles déclenchent un engouement populaire et scientifique sans précédent. Toujours à l'affût des révolutions de son temps, Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais plonge avec passion dans cette frénésie.
Son rôle dépasse celui du simple spectateur ; il se fait le promoteur, le financier et le visionnaire de cette conquête de l'air
Les premières expériences aérostatiques coûtent extrêmement cher.
Pour financer le grand vol de Jacques Charles en décembre 1783 (le premier ballon gonflé à l'hydrogène), une souscription publique est lancée. Beaumarchais s'impose comme l'un des plus généreux contributeurs.
Il utilise sa fortune personnelle et exhorte la haute société parisienne à l'imiter, convaincu que cette technologie va changer l'avenir de l'humanité.
Lorsque le Roi crée une commission scientifique chargée d'examiner les machines aérostatiques, Beaumarchais y est nommé.
Il y côtoie de grands savants de l'Académie royale des sciences pour évaluer la viabilité et la sécurité des ballons.
Là où d'autres ne voient qu'un spectacle de foire ou une curiosité scientifique, l'esprit d'entreprise de Beaumarchais s'enflamme.
Homme d'affaires redoutable (qui avait déjà créé une flotte maritime privée pour armer les insurgés américains), il imagine immédiatement les applications futures.
Il ébauche les plans d'une société par actions pour exploiter commercialement les voyages aériens, jetant les bases conceptuelles des premières lignes de transport aérien avec un siècle d'avance !…
En 1783, Beaumarchais mène une bataille féroce contre la censure royale pour faire jouer sa pièce phare, Le Mariage de Figaro. Fin stratège en communication, il utilise la « folie des ballons » pour détourner l'attention, alimenter les conversations dans les salons parisiens et entretenir son réseau d'influence.
Il s'amuse de voir la foule regarder vers le ciel, comparant parfois l'élévation des ballons à l'ascension des idées de liberté qu'il défend dans ses écrits
Ce qui frappe, c'est la diversité des formes d'engagement français : diplomatie de haut niveau (Vergennes), aide clandestine et commerciale (Beaumarchais), engagement militaire officiel (Rochambeau, de Grasse), et engagement quasi personnel et idéaliste (La Fayette, Duportail). Cette mobilisation à tous les étages de la société française explique en grande partie pourquoi l'aide française fut si déterminante — bien plus qu'une simple intervention militaire ponctuelle.
Dacanecdote 4
La Liberté en statue
Sidwick
La statue de la Liberté, ou La Liberté éclairant le monde (en anglais : Liberty Enlightening the World), est une statue monumentale située à New York, sur Liberty Island, au sud de Manhattan, à l'embouchure du fleuve Hudson et à proximité d'Ellis Island.
C'est l'un des monuments les plus célèbres des États-Unis.
Construite et assemblée en France, suivant une idée en 1865 du juriste Édouard Lefebvre de Laboulaye, au moment d'une collecte du quotidien Le Phare de la Loire pour honorer la veuve d'Abraham Lincoln, la statue est offerte en signe d'amitié par le peuple français aux Américains.
Dessin et modélisation par Frédéric Auguste Bartholdi
La réalisation et la maîtrise d'œuvre furent confiées en 1871 au Français Auguste Bartholdi qui prit Viollet-le-Duc comme architecte, remplacé après sa mort en 1879 par Gustave Eiffel.
Il sculpte une première ébauche, en terre cuite et à une échelle réduite, aujourd'hui exposée au musée Bartholdi à Colmar.
Pour sa construction, Viollet le Duc choisit l'atelier Monduit à Paris, qui avait participé au chantier de Notre Dame de Paris et de Pierrefonds.
Construction de la statue par Gustave Eiffel
La structure a été conçue dans les ateliers Gustave Eiffel, à Levallois-Perret, et au 25 rue de Chazelles dans le 17e arrondissement de Paris, là où se montaient les pièces de cuivre Gaget-Gauthier et Cie.
Rue de Chazelles
La coiffe de la Liberté est directement inspirée du Grand sceau de France, symbole officiel de la République française depuis la Seconde République en 1848.
Les deux « Libertés », française et américaine, portent chacune une couronne à sept branches symbolisant les sept mers et continents de la planète.
Le transport transatlantique
Après avoir été complètement assemblée à Paris en 1884, où elle était visible par le grand public pour susciter des dons pour financer son transfert, la statue de la liberté a été démontée en 350 pièces individuelles numérotées, chargées en 210 caisses, envoyées à la gare de Rouen-Saint-Sever par un train spécial de 70 wagons ( ! ) où arrive de Cherbourg le navire de guerre français affrété pour le transport des pièces de la statue.
C'est « l'Isère », 67 m, dit « transport à hélice », trois mats et moteur à vapeur, construit à Lorient.
Chargée au mois de mai 1885, la frégate arrive à New York le 17 juin 1885 avec la statue de la Liberté
Le voyage a duré 27 jours, avec une traversée et quelques tempètes qui resteront gravée dans les annales.
Il sera coulé par les allemands à à Locmiquélic, dans la poche de Lorient ( ! ) en 1945. (©Actu Morbihan)
L'Isère
La statue est inaugurée à New York en octobre 1886 avec dix ans de retard, en présence du président des États-Unis, Grover Cleveland, pour commémorer, avec 10 ans de retard, le centenaire de la Déclaration d'indépendance américaine.
![]() |
![]() |
| Le socle 1883-1886 |
L'armature de la statue construit à Levallois-Perret dans les ateliers Eiffel |
V.Dacécoute : « Si tu t'imagines… » Juliette Gréco (1961)
![]() |
![]() |
![]() |
https://www.youtube.com/watch?v=vf_2dRffgDA
« Si tu t'imagines… » est un poème de Raymond Queneau, initialement intitulé C'est bien connu.
Il est paru dans le recueil L'Instant fatal (1948).
Le poème fut remis à Juliette Gréco par Jean-Paul Sartre qui lui conseillait des poèmes à mettre en chansons.
Il est mis en musique par Joseph Kosma et interprété par Juliette Gréco dès 1950.
Le sujet du poème s'inspire du Carpe diem latin développé par Horace et il fait allusion à trois poèmes de Pierre de Ronsard, « Mignonne, allons voir si la rose », « Je vous envoie un bouquet que ma main » et « Quand vous serez bien vieille » sur l'impermanence de la jeunesse, reprenant l'injonction à cueillir « les roses de la vie »
Vous découvrez cette infolettre ?
Les précédentes conservées dans :
le Blog : Bernard Roth « E la Nave va »
Blog de Bernard Roth — Tania de Pornichet
Blog de Bernard Roth — Tania de Pornichet








