Prologue
À l'angle droit d'un tournant décisif (la déclaration d'impôt sur le revenu 2025), le programme électoral du candidat loufoque, Pierre Dac, à la Présidence de la République élaboré en 1965, il y a 60 ans, reste en partie d'actualité.
Selon des méthodes déductives les plus récentes de Conan Doyle et d'Agatha Christie, Dacadi a missionné la P.P Pink Panther pour enquêter sur le loufoque sujet.
P.P. Pink Panther, enquêtrice-en-cheffe
L'essentiel a été dévoilé lors d'une conférence de presse à l'Élysée-Matignon, bien sûr, en présence de deux principaux futurs ministres : René Goscinny et Jean Yanne. Au-delà des mesures les plus célèbres telles que :
- L'interdiction de dissoudre l'assemblée nationale dans de l'acide sulfurique ;
- la création d'un ministère de la Fatalité ;
- identifier les contribuables capables de payer les impôts des autres ;
- le développement d'un Droit canon pour les jolies femmes ;
- l'instauration systématique de la peine de mort avec sursis ;
- la suppression du dernier wagon des trains, métros, etc. pour faire des économies ;
- la mise en place de la pratique du bouche-à-bouche de métro, pour sauver une circulation parisienne au bord de l'asphyxie.
L'intégralité à la menthe du programme est parue au fil des mois dans l'Os à Moëlle.
Notre enquêtrice-en-cheffe a découvert chemin faisant, aux États-Unis, la plus loufoque des mesures fiscales mise en application :
Trump s'accorde une immunité fiscale à vie pour lui et sa famille
Trump a attaqué sa propre administration fiscale (l'IRS) en mars, réclamant 10 milliards de dollars de dommages et intérêts aux services fiscaux en raison d'une fuite dans la presse de ses déclarations de revenus de 2020 — le New York Times avait révélé qu'il n'aurait payé que 750 dollars d'impôts fédéraux en 2016 et 2017, et même rien lors de dix des quinze années précédentes.
En contrepartie du retrait de cette plainte, un accord, daté de mardi et signé par le ministre de la Justice par intérim Todd Blanche, a été conclu : il interdit à jamais de poursuivre Donald Trump, sa famille et leurs entreprises, en cas de fraude ou d'arriérés d'impôts antérieurs au 18 mai 2026.
Les clauses stipulent que les États-Unis « libèrent, renoncent, acquittent et déchargent définitivement chacun des plaignants de toute réclamation », offrant à Trump et à ses associés une immunité fiscale permanente sur les audits concernés.
Au Congrès, l'accord a scandalisé l'opposition. Chuck Schumer, chef des Démocrates au Sénat, a déclaré : « C'est une carte gratuite pour sortir de prison, qu'il a négociée avec lui-même. » Le malaise a même gagné la majorité présidentielle, John Thune (chef de la majorité républicaine au Sénat) estimant que « l'administration va devoir répondre à beaucoup de questions ».
Des associations de transparence politique ont qualifié cette décision de la plus corrompue de l'histoire des États-Unis.
Parallèlement, un fonds dit « anti-weaponisation » doté de 1,8 milliard de dollars a été créé pour indemniser ceux qui déclarent avoir été victimes de poursuites politiques sous l'administration Biden — notamment les émeutiers du 6 janvier 2021 graciés par Trump.
Trump a utilisé sa position de président pour négocier avec sa propre administration une immunité fiscale permanente pour lui, sa famille et ses sociétés, ce qui est sans précédent aux États-Unis…
La P.P. espère revenir prochainement en France et compléter pour le Petit Papier numérique le programme du Mouvement Ondulatoire Unifié (MOU) de 1965 qui proclamait déjà : « Les temps sont durs, votez MOU ».
Les racines du fiel : éclairages et désespoir
I.Edward Bernays — l'architecte de la manipulation moderne
Neveu de Sigmund Freud par sa mère, Anna Freud (1858-1955), une des sœurs de Freud.
Anna Freud, sœur de Sigmund — sa mère |
Martha Bernays, épouse de Sigmund — sœur de son père Elie |
Et encore neveu de Sigmund Freud par son père, Elie Bernays (1860-1923), frère de Martha Bernays, l'épouse de Freud. Edward Bernays invente au début du XXe siècle la manipulation démocratique.
Sa biographie détaillée figure dans le podcast de Thérence Carvalho ci-dessous :
Edward Bernays : gouverner par les images — podcast LinkedIn
Passionnant, mais assez long… (35′35″)
Dès 1917, il retourne l'opinion pacifiste américaine pour justifier l'entrée en guerre des États-Unis. Son arme : combinant les idées de Gustave Le Bon et Wilfred Trotter sur la psychologie des foules et de Walter Lippmann avec certains concepts psychanalytiques de son oncle, Eddy Bernays a été un des premiers à vendre des méthodes éloignées de tout raisonnement (mon produit est le meilleur, le moins cher, etc.) pour utiliser la psychologie du subconscient, à partir de l'idée qu'une foule ne peut pas être considérée comme pensante : seul le « ça », les pulsions de l'inconscient collectif, les désirs, les peurs, s'y expriment.
Dans Propaganda (1928) — du latin propagare, « répandre comme un liquide » —, il écrit : la démocratie doit être pilotée par une élite invisible qui « modèle » les masses incapables de penser par elles-mêmes.
Tiens, tiens… (NDLR)
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Lorsqu'il commence à travailler pour l'American Tobacco Company, il fait fumer les femmes en baptisant la cigarette « torche de liberté » — manipulation pure, habillée en émancipation.
Goebbels lisait ses écrits avec intérêt et s'est largement inspiré de ses recherches. Bernays, lui, se proclamait démocrate.
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Son héritage ? Les spin doctors, les fake news, les algorithmes, l'IA au service de la désinformation. Les ingénieurs du chaos ne gouvernent pas par la force, mais par les images, les symboles et les rêves qu'ils soufflent aux gens avant qu'ils les aient rêvés.
Un homme. Qui vécut 103 ans. Et fut le grand-oncle paternel de Marc Randolph (né en 1958), cofondateur et premier PDG de Netflix.
Et le monde ne s'en est toujours pas remis… Au contraire, peut-être !
Pour en savoir plus
The Century of the Self est une série documentaire britannique en quatre épisodes réalisée par Adam Curtis, sortie en 2002. Elle s'attache particulièrement à la figure d'Edward Bernays.
Sur Arte, un documentaire de Jimmy Leipold a analysé son héritage : « Propaganda, l'art du consentement » (2018).
Enfin, pour approfondir, Dacadi recommande vivement la thèse d'Hugo Souza de Cursi : « Le commerce de l'ignorance. Le cabinet de relations publiques Edward L. Bernays, de la Première Guerre mondiale à la Guerre froide » (1914-1961), EHESS, 2023.
Devant l'enfumage, il faut de la clarté…
II.Bertrand Russell — l'anti-Bernays
Bertrand Russell
La même année où Bernays peaufinait ses techniques de manipulation, Russell — mathématicien, logicien, philosophe, épistémologue, homme politique et moraliste pacifiste britannique, né en 1872 — tirait la sonnette d'alarme. En 1922, dans Pensée libre et propagande officielle, il pose le diagnostic inverse : la propagande n'est pas un outil démocratique, c'est une arme de destruction massive de la pensée.
La propagande ne se contente plus d'interdire les opinions dissidentes : elle les étouffe — par la pression économique, la distorsion des faits, la manipulation des preuves.
Elle offre un avantage indu à ceux qui concentrent déjà pouvoir et richesse. La démocratie devient alors une fiction bien habillée.
Quand un gouvernement martèle un mensonge avec emphase et fanfare, les citoyens deviennent enthousiastes — et s'étonnent ensuite que tout aille mal.
Son antidote ? Ni la loi, ni la censure — mais l'éducation. L'école doit enseigner l'art de lire les journaux et forger l'esprit critique.
Résister à la propagande, c'est écouter toutes les parties, établir les faits, confronter ses propres préjugés à ceux qui pensent autrement.
Russell signe ainsi un véritable anti-Propaganda — antidote avant la lettre aux principes que Bernays allait exposer cyniquement quelques années plus tard.
« Bernays voulait manipuler les foules. Russell voulait les émanciper. »
Un siècle plus tard, c'est Bernays qui a gagné.
III.Victor Klemperer — philologue allemand
Victor Klemperer
Né en 1881 dans l'Empire allemand, mort en 1960 à Dresde, à l'époque en Allemagne de l'Est, Victor Klemperer est un écrivain et philologue allemand.
À l'arrivée des nazis, son journal personnel, qu'il avait commencé dès l'âge de seize ans, devient un moyen intellectuel de survie.
Il y note jour après jour ce qu'il désigne comme « les piqûres de moustique » des humiliations et interdictions imposées par le régime, et toutes les manipulations des nazis sur la langue allemande.
Cette « langue du Troisième Reich », Klemperer l'appelle Lingua Tertii Imperii, qu'il code pour plus de sûreté : avec « LTI, la langue du Troisième Reich. Carnets d'un philologue », traduits et annotés par Elisabeth Guillot (Paris, Albin-Michel, coll. Bibliothèque Idées, 1996), il montre que la langue nazie n'est pas un simple vocabulaire :
C'est une machine à penser.
Elle ne reflète pas l'idéologie, elle la fabrique.
Chaque mot est chargé, orienté, infecté.
Le nazisme s'insinue dans les formules les plus ordinaires.
Il banalise l'inacceptable en le répétant.
Il simplifie le réel pour mieux l'écraser.
Il remplace la nuance par le slogan.
Il remplace la pensée par l'évidence imposée.
Il transforme la violence en normalité linguistique.
Il fait du mensonge une habitude de parler.
Il agit sur les consciences avant d'agir sur les corps.
On peut obéir à une langue avant d'obéir à un régime.
C'est cela, le danger absolu que Klemperer révèle.
La dictature ne conquiert pas seulement des territoires : elle colonise les mots.
Résister, c'est donc commencer par sauver la langue.
IV.Olivier Mannoni
Olivier Mannoni
« C'était la première fois, en quarante années de carrière, que l'on me demandait de livrer une bonne mauvaise traduction, c'est-à-dire un texte qui restitue les innombrables et substantiels défauts de l'original. »
Olivier Mannoni, né en 1960, est un journaliste, essayiste et biographe français, traducteur de plus de 200 ouvrages d'allemand.
Sa renommée s'accroîtra d'autant plus lorsque sera publié « Historiciser le mal : une édition critique de Mein Kampf », qu'il traduira de 2011 à 2021.
Il souligne que la langue de Mein Kampf, « dotée d'une syntaxe abominable », n'est pas neutre : elle est déjà en soi une violence.
À ses yeux, le livre-programme du dictateur était d'abord une célébration de l'incohérence, de l'ignorance, de la simplification, de la manipulation et du mensonge. Or, affirme-t-il, résonne dans notre époque l'écho de chacun de ces fléaux scandés dans Mein Kampf et qui ont proliféré dans les années 1930 durant l'avènement du nazisme.
Elle est lourde, saturée, toxique, et fait sentir le fascisme avant même le contenu.
Le style d'Hitler n'est pas un simple défaut d'écriture : c'est une arme.
Il brouille, encombre, martèle, jusqu'à étouffer la pensée.
La brutalité politique commence dans la syntaxe.
La catastrophe commence par la déviation des mots : ma victime est en fait mon bourreau…, etc.
Il séduit par une parole qui paraît forte parce qu'elle écrase toute nuance.
La langue d'Hitler fabrique une réalité fermée, exclusive, agressive.
Elle ne décrit pas le monde : elle le déforme pour justifier la domination.
Ses phrases, souvent interminables, sont rythmées par une nuée de conjonctions, ponctuées d'une armée d'adverbes et de particules qui les alourdissent d'une manière parfois monstrueuse.
Mannoni insiste sur le danger du discours qui sonne clair mais pense pauvre.
Il voit dans cette prose la matrice d'une contagion contemporaine.
Traduire Hitler, pour lui, c'est ainsi exposer la mécanique du poison.
Sa leçon est simple et terrible : le fascisme commence par les mots.
Quand la langue se dégrade, la politique se durcit.
Quand les mots se déchaînent, la démocratie s'abîme.
- Il observe une « langue commune » entre Trump et Poutine… (avec un vocabulaire de l'âge de 8 ans) ;
- « Nous assistons à la remontée des égouts de l'histoire et nous nous y accoutumons… »
- Et la « coulée brune » de se déverser jusque dans les médias traditionnels, en particulier à travers les acquisitions du milliardaire conservateur Vincent Bolloré. Cela est patent dans la presse écrite, avec son rachat du Journal du dimanche, ainsi que dans l'édition, avec la mise en coupe réglée du groupe Hachette, numéro trois mondial du secteur, et les éditions Grasset.
- Mais le média par lequel, plus que tout autre, le même magnat français contribuerait à précipiter la « dissolution de la rationalité » est la télévision, et en premier lieu ses chaînes CNews et C8, dont l'émission TPMP (Touche pas à mon poste !) a été pendant des années emblématique de « la rumeur [qui] remplace l'information ».
- Il faut dire que les dirigeants français eux-mêmes, à force de récupération des idées adverses, encouragent la « confusion généralisée » qui domine dans nos débats publics. Parmi les présidents de la Ve République, seuls les discours charpentés d'un Charles de Gaulle et d'un François Mitterrand trouvent grâce aux yeux de l'auteur.
- En définitive, on assiste à un « dépeçage du langage », à une inversion du sens qui permet d'affirmer des contrevérités manifestes tout en suscitant de moins en moins d'objections. C'est alors l'émotion, le pathos qui prévaut aux dépens de la raison et de la lucidité. Car, nous dit Olivier Mannoni, une fois aboli le « consensus sémantique » sur lequel reposent nos raisonnements et les échanges contradictoires qui font le socle de nos démocraties, les idées les plus éloignées de la notion même de vérité ont tout loisir de se répandre. C'est en cela que, selon l'auteur, le « doute absolu » qui pèse sur notre langage commun fait le lit du fascisme.
Il n'y a cependant là aucune fatalité. Ainsi Olivier Mannoni préconise-t-il une « réappropriation du sens véritable des mots, des phrases, des pensées qui forgent notre vie commune ».
Vladimir Pol — CAIRN Info, 2025/2 n° 138
V.« Mini, mini, mini » chantait Jacques Dutronc en 1966
▶ Mini, mini, mini — Jacques Dutronc (1966)

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