Prologue
Un éminent juriste dacadien, nous adresse ceci : L'Etat de droit est malmené à peu près partout. Des juristes éminents ont tenu à rappeler quelques principes fondamentaux qui nous permettent de coexister à peu près pacifiquement. Pour cela, ils ont cru nécessaire de se reporter à des auteurs de référence.
Michel Audiard est l'un d'eux.
Extraits de la semaine :
Sur l'institution :
- « La justice, c'est comme la Sainte Vierge, si elle n'apparaît pas de temps en temps, le doute s'installe. »
- « La vérité n'est jamais amusante, sinon tout le monde la dirait. » (à suivre)
Clairvaux
« La chanson de Clairvaux » chantée par Lydia Kilian, membre des Camarades, souvent lié au trotskisme et à la tradition ouvrière. Paroles anonymes de 1935.
I.Robert Badinter
Claude Buffet et Roger Bontems sont guillotinés au petit matin du 28 novembre 1972 pour avoir assassiné deux otages, Nicole Comte et Guy Girardot, lors d'une tentative d'évasion de la prison de Clairvaux.
Pour Robert Badinter, l'avocat de Bontems, condamné à tort, l'affaire de Clairvaux est un tournant : il n'aura désormais de cesse de lutter contre la peine de mort.
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Badinter |
Bontems |
→ Pour aller plus loin (Histoire & Civilisation)
II.Une maison de détention depuis 1808
Clairvaux a été sauvée de l'abandon et des pilleurs de pierre par la décision napoléonienne de transformer d'anciens monastères, comme celui du Mont Saint Michel, en prisons, conformément au Code pénal de 1808, dans une logique de punition et de réinsertion remplaçant les châtiments corporels. Les premiers prisonniers arrivèrent en 1813, et Clairvaux devint l'une des grandes maisons centrales du XIXe siècle.
Face à face. Le quartier d'isolement de la prison, entre le grand cloître et l'infirmerie du XVIIIe siècle (Photo prise en 1979).
C'était le système Public-Privé de la « prison-manufacture » : la force de travail des détenus au service d'un entrepreneur concessionnaire en contrepartie de la gestion de leur vie quotidienne — nourriture, habillement, couchage, soins…
Le jour, dans les ateliers, l'entrepreneur est maître. La nuit, les détenus, entassés dans des dortoirs où ils disposent d'un mauvais lit pour deux et sont livrés à eux-mêmes, c'est-à-dire à des caïds qui font régner leur ordre (rackets, viols, etc.) sans que l'administration ne s'y oppose.
La loi « cellulaire » de 1875 impose l'isolement des détenus pendant la nuit. Faute d'argent, Clairvaux va se remplir des inhumaines batteries de « cages à poules ».
III.La mère des abbayes cisterciennes
À 10 km de Colombey-les-Deux-Églises, le pan de vieille forêt gauloise que contemplait Charles de Gaulle demeure terre de silence. Proche de Bar-sur-Aube, le Val d'Absinthe abrite toujours une ville close, cachée derrière les très hauts murs, en rangées successives, où le 25 juin 1115, quelques moines de Cîteaux s'installent dans la solitude.
C'est là que naît, sous la conduite de Bernard de Fontaine, la première communauté de Clairvaux. Phare de l'Europe chrétienne durant tout le Moyen Âge, l'abbaye connaît jusqu'à la Révolution un développement économique considérable.
Bernard de Clairvaux
Bernard de Fontaine, abbé de Clairvaux, né en 1090 et mort le 20 août 1153, a exercé pendant 30 ans un pouvoir religieux et un pouvoir politique presque sans partage ; il reste l'acteur exceptionnel d'une période où un homme de Dieu, fort des principes de la réforme grégorienne, put s'investir et être investi par les papes, par les rois et par les princes dans la défense d'un Occident chrétien provisoirement géré par la seule église — de 1120 à 1153.
Salle capitulaire du monastère. Enluminure de Jean Fouquet, Saint Bernard préside le chapitre à Clairvaux. Musée Condé, Chantilly.
L'architecture cistercienne
Quatre caractéristiques la distinguent à la fois du style roman et du style gothique :
– La nature : les monastères cisterciens sont souvent situés dans des zones rurales, entourés de forêts et de champs. L'architecture cistercienne cherche à s'intégrer harmonieusement avec la nature environnante. Les bâtiments, généralement disposés de manière régulière autour d'un cloître central, sont entourés de jardins et de paysages verdoyants.
– La simplicité : les bâtiments cisterciens sont dépouillés de toute décoration excessive. Les lignes sont épurées, les formes sont simples. Dépouillement ne signifie pas pauvreté : il s'agit d'éliminer toute ostentation, de toujours retenir la solution la plus simple. La sobriété était une valeur centrale de l'ordre cistercien.
– La pierre : les bâtiments cisterciens sont construits en pierre, ce qui leur confère une solidité et une durabilité remarquables. Il n'est pas question de concession sur la qualité des matériaux, ni sur la perfection des mises en œuvre, ni sur le choix des constructions les plus éprouvées.
– La lumière : les moines cisterciens considèrent la lumière comme un symbole divin. Ils utilisent donc de larges fenêtres et des vitraux pour éclairer l'intérieur des bâtiments, créant une atmosphère spirituelle et paisible.
Plan-type d'une abbaye cistercienne.
Huit siècles environ avant les théories fonctionnalistes d'Eugène Viollet-le-Duc, les formules « Ornement et crime » d'Adolf Loos ou « form follows function » de Louis Sullivan, la parole de Saint Bernard, traduisant dans l'espace la règle de Saint-Benoît, a fini par produire une esthétique, une morale du labeur, du retour à l'ordre primitif du christianisme : l'incarnation d'une morale hantée par l'angoisse de l'orgueil.
→ Chronologie : cloitreprison.fr
Une abbaye monumentale construite au XVIIIe siècle
En 1708, les moines décident d'accéder à plus de confort et détruisent les vieux bâtiments médiévaux pour ériger l'abbaye monumentale de style classique que l'on connaît aujourd'hui. Le site est classé au titre des monuments historiques depuis 1981.
Le rayonnement de Clairvaux ne cesse d'inspirer la chrétienté. L'abbaye fonde ou incorpore à l'ordre cistercien quatre-vingts abbayes filles directes (et plus de trois cent cinquante abbayes filles en tout) à travers toute l'Europe, jusqu'en Suède et en Hongrie.
…Dont le Collège des Bernardins, 18 rue de Poissy à Paris Ve, superbe renaissance d'un lieu exceptionnel dont nous reparlerons peut-être un prochain jour…
IV.De l'enfermement choisi à l'enfermement subi ; sortir par le haut.
Jean François Leroux
Jean François Leroux, né en 1934. Semaines à Paris, week-ends à Bar-sur-Aube. Écrivain, historien, journaliste, maître d'ouvrage privé (SACI, Cogedim, alors filiales de la Banque de Paris et des Pays-Bas), il est un acteur majeur de la valorisation du patrimoine cistercien et de l'abbaye-prison de Clairvaux.
Il préside à de prestigieuses réalisations telles que « Le quartier de l'Horloge » Paris IVe (architecte : Jean-Claude Bernard), « Le Jade » (architecte Richard Meier), le siège social de Canal Plus à Paris XVe.
Quartier de l'Horloge — Paris IVe |
Siège Canal Plus — Paris XVe |
En 1979, sous l'impulsion du directeur de la prison et avec l'accord de fonctionnaires locaux, il crée et anime l'association Renaissance de l'abbaye de Clairvaux avec pour objectif de sortir Clairvaux de l'oubli, de l'ouvrir au public et d'y réaliser des actions culturelles.
Premières visites des bâtiments historiques (1985), premier ouvrage historique sur l'histoire du site (les actes du colloque de 1990), premiers concerts donnés sous les voûtes du XIIe siècle en 2002. D'importants travaux de restauration sont entrepris par le ministère de la Culture.
Le parti culturel développé est fondé sur la double vocation qui imprègne les murs d'un même espace clos depuis des siècles. Chaque année, il est proposé à 20 000 visiteurs une réflexion sur la liberté.
Jean François Leroux-Dhuys nous quitte en 2021 sur un arrêt cardiaque, après avoir été Maire de Bar-sur-Aube.
Pour en savoir plus
Saint Bernard — Georges Duby |
Les abbayes cisterciennes — Jean-François Leroux & Henri Gaud |
L'art cistercien. Beau livre d'histoire, le Saint Bernard de Georges Duby est aussi une magnifique œuvre de littérature. Georges Duby a été l'un de nos plus grands écrivains. Son livre est d'abord un récit, même si l'histoire n'y est jamais romancée. D'une grande maîtrise esthétique, elle procède de cette sève dont est née l'œuvre de Michelet, dont il semble au détour de certaines pages que Duby ne soit pas sans se souvenir.
Les abbayes cisterciennes. L'ouvrage de Jean-François Leroux retrace chronologiquement l'aventure cistercienne qui s'est déroulée aussi bien en France (Fontfroide, Fontenay, Sénanque, Pontigny, Royaumont) qu'en Allemagne (Bebenhausen, Maulbronn), en République tchèque (Osek, Sedlec, Tišnov, Žďár) ou au Portugal (Alcobaça, Portalegre), etc. Ce texte savant est illustré par les somptueuses photographies d'Henri Gaud, qui a consacré plus de cinq années à parcourir l'Europe pour immortaliser les sites prestigieux consacrés à l'art cistercien. Un ouvrage de référence sur les plus belles réalisations de l'ordre cistercien.
« Ce que Clairvaux peut encore nous dire… » — Concordance des temps, Jean-Noël Jeanneney, France Culture, 25 septembre 2021.
V.Rediffusion : Attention Pépite !
Cécile McLorin Salvant chante « Le mal de vivre » en 2015.
De nombreux dacadiens semblent n'avoir pu se connecter au lien indiqué dans le « petit papier n°12 ». Séance de rattrapage avec un lien différent :
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