Bernard Roth

Infolettre

Petit papier n°25

15 août 2026 · Dacadi Hebdo n°144

La Cité U du Boulevard Jourdan

Bernard Roth Tania de Pornichet

Bien que nos renseignements soient faux, nous ne les garantissons pas

— Erik Satie
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Erik Satie

Erik Satie

Prologue 1 — Scoop éclipse

Le 15 décembre 2023 à 18h52

Le photographe italien Valerio Minato a passé six ans à tenter de capturer un moment rarissime : la Lune parfaitement alignée avec le mont Monviso et la basilique de Superga, près de Turin.

Depuis 2017, il attendait la configuration idéale, souvent contrarié par les nuages, la météo ou un léger décalage d’angle qui suffisait à tout gâcher.

En décembre 2023, sa patience a enfin payé. Tous les éléments se sont alignés et il a immortalisé la scène qu’il attendait depuis des années.

Le 25 décembre 2023, elle a même été présentée comme la photo astronomique du jour par la NASA.

Valerio Minato

Valerio Minato

« C’était inattendu et incroyable que ma photo ait gagné, et cela le jour de Noël. Cela a participé au fait que la photo, qui faisait déjà beaucoup de bruit sur les réseaux sociaux, est devenue super virale. […]

Des gens ont commencé à m’écrire du monde entier. »


Prologue 2 — Scoop Gorafi

Publié le 16 juillet 2026

5 choses à savoir sur « L’Odyssée » de Christopher Nolan

Crédits photo : Mark Piasecki via GettyImages.

1 — Le film dure dix ans, la durée exacte du voyage retour d’Ulysse.
Seule une dizaine de salles dans le monde diffusent le film dans ce format avec interdiction formelle de quitter la séance.

2 — Pour ajouter plus de réalisme à la scène du saccage de Troie, Christopher Nolan a réellement détruit une ville entière et massacré plusieurs milliers de figurants.

3 — Fidèle à Christopher Nolan, c’est Michael Caine qui joue le rôle du cheval de Troie.
L’acteur a accepté de se faire opérer pour faire entrer tout un régiment de soldats grecs dans son estomac.

4 — Par souci d’économie, Marvel a demandé à Tom Holland de jouer simultanément les rôles de Peter Parker et de Télémaque dans le film.

5 — Pour s’entraîner au rôle d’Ulysse, ressentir la solitude et l’errance, Matt Damon a passé plusieurs mois à essayer de chercher son trajet dans les sous-sols de Châtelet-les-Halles.


Dacanecdote

Manchester

Dans un grand palais de justice victorien, au rez-de-chaussée du 184 Deansgate, juste à côté de Spinningfields, le quartier financier animé de Manchester,

siège le Steakhouse Hawksmoor (du nom de l’architecte : Nicholas Hawksmoor), lancé il y a 20 ans, à partir du bœuf Longhorn.

Ce soir-là, les salles sont pleines, le service bat son plein. Deux amis commandent un pomerol à 300 €.

La serveuse, pressée, descend à la cave, prend une bouteille correspondant à la commande et la sert.

Sans le savoir, elle dépose sur leur table un Château Le Pin 2001, dix-sept fois plus cher que le pomerol commandé.

Lorsqu’ils réclament une seconde bouteille, elle revient surprise : « C’est bizarre, il n’y en a pas d’autre ».

Le manager inspecte l’étiquette, blêmit et lâche : « Ce client boit une sacrée bouteille ».

Will Beckett, cofondateur de Hawksmoor, confirme : « le vin avait été servi par inadvertance au client, sans que quiconque ne s’en aperçoive ».

Au lieu de sanctionner, la direction choisit la discrétion.

Dès le lendemain, Will Beckett réagit sur Twitter avec une touche d’autodérision :

« Au client qui a reçu par erreur une bouteille de Château Le Pin 2001, à 4 500 £ sur notre carte, hier soir, j’espère que vous avez passé une bonne soirée !

Au membre du personnel qui l’a accidentellement donnée, courage !

Les erreurs ponctuelles existent et nous vous aimons quand même. »

Rapidement, le tweet s’envole ; en 24 heures :

  • 65 000 mentions « J’aime »
  • 20 000 partages
  • des millions de vues

Conséquence : « On a eu une énorme affluence pendant deux semaines. On a gagné bien plus d’argent que ce que nous a coûté cette bouteille ».

Une simple confusion — un vin à 4 500 € servi par erreur —
habilement transformée en un formidable levier de communication…


source

La Cité Universitaire

7 boulevard Jourdan, Paris 14e

Née au lendemain de la Première Guerre mondiale, avec le projet ambitieux de créer un lieu de paix, ouvert aux étudiants du monde entier, la Cité universitaire est un symbole de coopération internationale, tourné vers des valeurs humanistes, où le vivre-ensemble est plus qu’une simple philosophie.

12 000 résidents de 150 nationalités.
Étudiants, chercheurs et artistes se croisent dans les 47 maisons du campus multiculturel.


La genèse d’un projet utopiste

André Honnorat, l’un des fondateurs de la Cité universitaire, formule dès 1919 le vœu de créer « un lieu où les jeunes de tous les pays puissent, à l’âge où l’on fait des amitiés durables, avoir des contacts qui leur permettent de se connaître et de s’apprécier ».

Ministre de l’Instruction publique et des Beaux-Arts en 1920, il imagine avec Paul Appell, mathématicien et recteur de l’Université de Paris, une Cité destinée à accueillir les étudiants des universités parisiennes. Pour les deux hommes, défenseurs d’un pacifisme internationaliste et membres influents de cercles œuvrant autour de la Société des Nations, l’éducation des jeunes et les échanges entre pays peuvent fournir une assise à la paix et empêcher le retour d’un conflit mondial.

Pour atteindre cet idéal, ils trouvent en la personne d’Émile Deutsch de la Meurthe, industriel prospère, à la tête des Pétroles Jupiter, devenus SHELL France, le premier grand mécène qui financera entièrement en 1925 la toute première résidence, la Fondation Émile et Louise Deutsch de la Meurthe.


La création d’une fondation nationale

Soutenue par le talent administratif et juridique de Jean Branet, conseiller d’État devenu en 1924 président directeur général des Pétroles Jupiter, et par la générosité et l’engagement du banquier David David-Weill, une Fondation nationale, association sans but lucratif, est constituée.

Nichée au cœur d’un parc verdoyant au sud de la capitale française, « la Cité U » célèbre un siècle d’ouverture sur le monde sur un parc de 34 hectares.

« Nous sommes donc un territoire à part, que nous confient les universités de Paris pour une mission à l’avant-garde du combat pour les droits fondamentaux et la dignité de la personne humaine. Nous contribuerons à cette mission par le dialogue des personnes, des disciplines, des générations, en lien avec nos partenaires universitaires. »

Jean-Marc Sauvé, président de la Cité U — extrait du discours de clôture du centenaire de la Fondation

Jésuite à Lyon, major de l’ENA en 1977, vice-président du Conseil d’État en 2006, vice-président honoraire en 2018.

La Cité internationale est une véritable exposition d’architecture à ciel ouvert. Régionalistes, modernes ou durables, ses 47 maisons offrent une diversité de styles unique à Paris.


Une sélection Dacarbitraire de dix Maisons

Vous pouvez vous y balader, et ça vaut le déplacement !..

I.La Fondation Émile et Louise Deutsch de la Meurthe

© Thomas Launois / Adobe Stock Photo — Diane Arques / ADAGP, 2025

L’une des toutes premières constructions de la Cité Universitaire, érigée en 1925 en six bâtiments d’habitation construits autour de son pavillon central.

« Aider nos étudiants, c’est aider la France… »

C’est par ces mots que le riche industriel et philanthrope Émile Deutsch de la Meurthe annonce en 1921 ce projet humaniste inédit.

(Voir son hôtel particulier 12, rue Albéric Magnard sur le blog Bernard Roth E la nave va.)

Conçue par l’architecte Lucien Bechmann — auteur entre autres de l’Hôpital Rothschild et de l’immeuble de bureaux de la compagnie Shell, nommé Washington Plaza, 38 rue Washington, futur architecte-conseil de la Cité pendant trente ans — la Fondation se compose de sept pavillons en briques et pierre, disposés autour d’un vaste espace central planté.


II.Fondation Biermans-Lapôtre

Jean-Hubert Biermans connut une belle réussite professionnelle et financière, et vécut 27 ans avec son épouse Berthe au Québec, où il fit fortune dans le secteur de la fabrication de la pâte à papier.

La résidence accueille chaque année plus de 500 étudiants, chercheurs et professeurs venus de tous les horizons. 231 logements.

Architecte : Armand-Constant Guéritte, architecte en chef des Bâtiments civils et Palais nationaux.

Quelques résidents célèbres :

  • Olivier Gourmet, étudiant au Cours Florent dans les années 80 ;
  • François Englert, prix Nobel de physique 2013, pour avoir contribué avec Peter Higgs à faire du vide quantique un élément actif de la réalité physique ;
  • Jacques Santer, ancien président de la Commission européenne, Premier ministre du grand-duché de Luxembourg de 1989 à 1995 ;
  • Charline Vanhoenacker, journaliste et humoriste belge…

III.Fondation Suisse

Construit entre 1931 et 1933 par Le Corbusier et Pierre Jeanneret comme résidence étudiante, ce bâtiment a permis à Le Corbusier d’expérimenter ses théories sur l’habitat collectif et de mettre en œuvre sa « machine à habiter ».

© Didier Raux

À son inauguration en 1933, c’était le seul bâtiment de la Cité à afficher une identité moderne.

Inscrit aux Monuments historiques depuis 1965, le rez-de-chaussée se visite, permettant

© Didier Raux

de découvrir la fresque que Le Corbusier a peinte en 1948 pour réparer les dégâts causés pendant la Seconde Guerre mondiale.

Surface habitable de 1 800 m² sur 4 étages, 45 logements dont une résidence d’artiste, 80 résidents par an de 20 nationalités différentes (étudiants, chercheurs ou professeurs) et plus de 10 000 visiteurs par an.


IV.Fondation Avicenne

Fondation Avicenne (Maison de l’Iran), Paris, France

Ce bâtiment « signal », un des rares exemples en France d’édifice suspendu à une macro-structure, dénommé « Maison de l’Iran », inauguré en 1969, a contribué à la notoriété de Claude Parent, membre de l’Académie des Beaux-Arts, assisté de l’ingénieur André Bloc, associés aux architectes iraniens Hedar Ghiai et Mossem Foroughi.

Trois portiques de trente-huit mètres de haut portent deux blocs de quatre étages destinés aux chambres.

Depuis 2007, la maison n’a plus hébergé d’étudiants en raison de sa vétusté.

Maître d’ouvrage de l’opération de réhabilitation, la RIVP a confié la maîtrise d’œuvre à l’agence Béguin & Macchini, expérimentée en réhabilitation de bâtiments métalliques du XXe siècle.


V.La Maison des étudiants d’Asie du Sud-Est

© Spech / Shutterstock

D’inspiration et d’architecture traditionnelle des pays de la péninsule indochinoise, sa construction est confiée à Pierre Martin et Maurice Vieu.

De l’extérieur, sa façade reprend les codes d’architecture asiatique, notamment grâce aux toits triangulaires qui se recourbent aux extrémités.

Le bâtiment compte 100 pièces avec de longs toits en surplomb, et des angles de toits « en bec de tourterelle ».

À l’intérieur aussi, la décoration fait écho aux intérieurs traditionnels d’Asie, ce qui a fait que cette maison a été, à de nombreuses reprises, utilisée comme décor de film :

  • Indochine de Régis Wargnier (1992) ;
  • La Fille sur le pont de Patrice Leconte (1998) ;
  • The Lady (2011), de Luc Besson, sur l’opposante birmane Aung San Suu Kyi.

Dacanecdote

Saloth Sâr, futur Pol Pot, de triste mémoire, y réside en 1949. Il rejoint les cercles du Parti communiste français, où il fait la connaissance de Jacques Duclos, qui devient son mentor, et de Jacques Vergès, qui devient son ami.

Durant l’été 1952, il participe à un camp d’été organisé par le Mouvement jeunes communistes de France dans la ville de Pornic, sur la Côte d’Amour (voir Petit Papier n° 21).


VI.La Maison du Brésil

© Maison du Brésil

Fondée en 1959, la Maison du Brésil accueille des étudiants, professeurs et chercheurs brésiliens qui viennent à Paris dans le cadre d’un programme universitaire, notamment pour des études doctorales ou post-doctorales, ou encore des artistes et des professionnels brésiliens en stage de perfectionnement.

Au-delà d’une simple résidence universitaire, la Maison du Brésil représente un patrimoine de grande valeur architecturale et culturelle, issu d’un projet de deux architectes mondialement reconnus, Lucio Costa (plan pilote d’urbanisme de Brasilia) et Le Corbusier.


VII.Fondation Hellénique

© Fondation Hellénique de la Cité internationale universitaire de Paris

Conçue par Nikolaos Zahos, elle rend un hommage vibrant à la Grèce avec cet édifice catalogue de l’architecture antique :

  • des dimensions similaires à celles du temple d’Héra à Olympie ;
  • un fronton triangulaire et des colonnes ioniques (7 mètres de haut quand même) renvoyant au portique nord de l’Érechthéion sur l’Acropole ;
  • une frise de graffites bleue et or aux noms des grands hommes de l’Antiquité ;
  • un sol pavé de mosaïques représentant un phénix.

VIII.Pavillon Habib Bourguiba

© Galerie Itinerrance

200 chambres et un auditorium de 250 places ouvert au public. Surface habitable : 6 300 m².

Architectes : Explorations Architecture (mandataire), Lamine Ben Hibet.

Mehdi Ben Cheikh, fondateur de la galerie Itinerrance et directeur artistique du projet, a convié deux artistes tunisiens à habiller entièrement la magistrale façade. L’œuvre représente 1 892 lettres arabes en aluminium dessinées par l’artiste Shoof et mises en perspective par le designer Wissem Soussi, réparties tout au long de sa façade grandiose.


IX.Maison de l’Île-de-France

La Maison de l’Île-de-France, de l’architecte Nicolas Michelin, est la première maison construite à la Cité internationale universitaire de Paris (CIUP) depuis 1969. Résidence pour étudiants de 5 200 m² pour 142 chambres, c’est un bâtiment pionnier à énergie ZEN (Zéro Énergie, Zéro Carbone, Zéro Déchet nucléaire) et le premier bâtiment d’habitation collective à énergie positive de source 100 % solaire réalisé en France.

Pour le confort de ses habitants, la maison répond à deux types de besoins : la chaleur et l’électricité.

L’objectif affiché de la Maison de l’Île-de-France est de produire et accumuler le maximum d’énergie en été et de l’utiliser en hiver. C’est donc dans le cycle long que réside la valeur ajoutée de cette conception.


X.Maison de la Chine

Suite au concours lancé en novembre 2016 pour la construction de la Maison de la Chine, l’équipe franco-chinoise composée de Coldefy & Associés Architectes Urbanistes et de l’Atelier FCJZ a été retenue par le jury en juin 2017.

Pour la Maison de la Chine, l’agence Coldefy s’est inspirée du « Tulou », une construction défensive cylindrique très ancienne que l’on trouvait dans la région du Fujian.

Le bâtiment a la forme d’un anneau étiré avec, à l’intérieur, un grand vide occupé par deux jardins intérieurs accessibles aux étudiants.

À chaque étage, les chambres sont desservies par des coursives intérieures masquées par des claustras en bois. Les étages sont reliés entre eux par des passerelles-promenade en métal qui surplombent les jardins.

300 logements individuels pour étudiants et chercheurs, qui font partie du projet « Cité 2025 » engagé depuis 2011.


Dacécoute

« Les loups sont entrés dans Paris » (1967)

Chanson française écrite par Albert Vidalie, sur une musique de Louis Bessières, interprétée par Serge Reggiani.

Serge Reggiani

Au cours d’un entretien radiophonique en 1976, Serge Reggiani déclarait : « La chanson a été écrite à la suite d’un fait divers entendu à la radio, l’entrée de loups à Madrid », et le texte serait ainsi à prendre littéralement.

Elle est, néanmoins, communément considérée comme une allégorie de l’avancée de l’armée allemande vers Paris en 1940, et une ode à la Résistance.

Écouter « Les loups sont entrés dans Paris »


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