Henri Bergson
Numéro spécial Architecture
L’Académie des Beaux-Arts de l’Institut de France
L’Académie des beaux-arts est l’une des 5 académies composant l’Institut de France.
Créé en 1795, l’Institut de France a pour mission d’offrir aux cinq Académies un cadre harmonieux pour travailler au perfectionnement des lettres, des sciences et des arts, à titre non lucratif.
Acteur philanthropique majeur, il encourage la recherche et soutient la création à travers la remise de prix, de bourses et de subventions.
Placé sous la protection du président de la République, il est également le gardien d’un important patrimoine composé de monuments et collections qui lui ont été légués depuis la fin du XIXe siècle.
Réunissant 69 membres, 69 correspondants et 16 membres associés étrangers, l’Académie des Beaux-Arts veille à la défense du patrimoine culturel français et encourage la création artistique dans toutes ses expressions en soutenant de très nombreux artistes et associations par l’organisation de concours, l’attribution de prix, le financement de résidences d’artistes et l’octroi de subventions à des projets et manifestations de nature artistique.
Instance consultative auprès des pouvoirs publics, l’Académie des beaux-arts conduit également une activité de réflexion sur les questions d’ordre artistique.
Elle entretient, en outre, une politique active de partenariats avec un important réseau d’institutions culturelles et de mécènes.
Afin de mener à bien ces missions, l’Académie des beaux-arts gère son patrimoine constitué de dons et legs, mais également d’importants sites culturels tels que, notamment : le Musée Marmottan Monet (Paris), la Villa et la Bibliothèque Marmottan (Boulogne-Billancourt), la Maison et les jardins de Claude Monet (Giverny), la Villa et les jardins Ephrussi de Rothschild (Saint-Jean-Cap-Ferrat), la Maison-atelier Lurçat (Paris), la Villa Dufraine (Chars), l’Appartement d’Auguste Perret (Paris) et la Galerie Vivienne (Paris) dont elle est copropriétaire.
Le Grand Prix d’Architecture de l’Académie des beaux-arts (Prix Charles Abella)
Le Grand Prix d’Architecture de l’Académie des beaux-arts (Prix Charles Abella) est un prix international décerné tous les deux ans à un architecte pour l’ensemble de son parcours.
À l’image de ses distinctions attribuées dans d’autres disciplines, l’Académie entend par l’attribution de ce prix saluer l’exemplarité d’une trajectoire dans le domaine architectural.
Concours historique créé en 1975 dans l’esprit du Prix de Rome, le Grand Prix d’Architecture a connu, jusqu’en 2016, plusieurs cycles inspirés notamment par Michel Folliasson, Claude Parent et Paul Andreu.
En 2020, il est décidé de mettre en place un fonctionnement biennal, avec une année l’attribution d’un Grand prix à un architecte pour l’ensemble de son parcours (prix de consécration Charles Abella) et la suivante l’organisation d’un concours destiné aux nouvelles générations d’architectes, l’objectif étant de valoriser des projets considérés comme exemplaires des manières contemporaines de faire et de penser l’architecture.
Lauréats précédents
- 2019 : Álvaro Siza Vieira
- 2021 : Henri Ciriani
- 2022 : Christian de Portzamparc
- 2024 : Bernard Tschumi
Francis Soler
L’Académie des beaux-arts a décerné le Grand Prix d’Architecture de l’Académie des beaux-arts (Prix Charles Abella) 2026 à l’architecte français Francis Soler.
Le jury était composé de Anne Démians, Marc Barani, Bernard Desmoulin, Pierre-Antoine Gatier, Dominique Perrault, Alain-Charles Perrot, Jacques Rougerie, Jean-Michel Wilmotte et Aymeric Zublena, membres de la section d’architecture de l’Académie des beaux-arts ainsi que Sabine Frommel, Francis Rambert et Philippe Trétiack, correspondants de la même section.
Une exposition dédiée à l’œuvre de Francis Soler aura lieu du 10 décembre 2026 au 7 février 2027 au Pavillon Comtesse de Caen de l’Académie des beaux-arts (Palais de l’Institut de France, Paris).
Francis Soler est un architecte atypique.
Invité depuis ses débuts aux plus grands concours d’architecture caractérisant la commande publique et privée (en France comme à l’étranger), il en profite pour développer et exposer une vision et une formalisation très personnelles de l’architecture.
Son travail et ses réalisations ont été relatés à travers diverses conférences dans le monde et de nombreux articles de presse au niveau national (AMC, Archis News, Intramuros, Le Moniteur, Beaux Arts, Chroniques architecturales, etc.) aussi bien qu’international (Architectural Review, Archi +, Bauwelt, Arte et Construccion, AV…).
Les réponses qu’il apporte sont construites à partir d’atmosphères particulières croisant rationalité au service de l’efficacité.
Extraits
I.La Tribune présidentielle pour le 14 juillet (1983)
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Inédit Francis Soler
1990. Dans le cabaret parisien Shéhérazade, Thierry ARDISSON s’entretient avec Francis SOLER et l’invite à répondre à une interview « pinceau ». Ils évoquent notamment son enfance et le métier de son père, sa prestation pour la tribune présidentielle place de la Concorde pour la cérémonie du 14 juillet 1983,
Voir l’interview sur le site de l’INA
Ces commandes lui ouvrent une voie aussi singulière que personnelle : celle d’une architecture mêlant efficacement art et technicités.
Son travail devient une passerelle entre les différentes disciplines qui composent l’architecture.
Dès lors, dans ses propositions, on se déplace entre abstraction et figuration, exigence et simplicité, sans jamais perdre de vue la constructibilité et la dimension économique de l’œuvre.
À l’inverse des effets de style qui reproduisent des ouvrages quel que soit leur contexte, Francis Soler se préoccupe de produire des architectures inédites, spécifiques à chaque projet.
II.L’ensemble immobilier des Bons-Enfants
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Ce quadrilatère : rues Saint-Honoré, Croix des Petits Champs, Montesquieu et Bons-Enfants (Paris Ier) est constitué de deux bâtiments distincts et hétérogènes :
- l’un, côté rue Saint Honoré, construit par Georges Vaudoyer en 1919 pour les réserves des grands magasins du Louvre. En 1933, il fut occupé par le ministère des finances.
- l’autre, côté rue Montesquieu, conçu par Olivier Lahalle en 1960 pour l’extension des bureaux du ministère des finances.
Cet ensemble a été affecté au ministère de la Culture et de la Communication en 1994.
Dans son projet lauréat, l’équipe de maîtrise d’œuvre Francis Soler/Frédéric Druot a été confrontée au problème de la cohérence de deux immeubles existants disparates. Afin de lier deux textures différentes, de gommer toutes les parties hétérogènes et aussi de mieux affirmer l’unicité du ministère de la Culture et de la communication, le projet enveloppe les façades sur rue de l’ensemble d’une résille métallique qui laisse transparaître la diversité du bâti existant. Les façades sur cour, lisses et homogènes sont également régularisées.
L’ouverture de la rue des Bons-Enfants par une brèche permet de mieux éclairer les bureaux sur cour.
À la lumière et au calme s’ajoute la vue sur un jardin expérimental de 170 m² conçu par Michel Desvigne, paysagiste, et Patrick Blanc, botaniste.
Ce jardin recréé une micro-forêt australe issue de Nouvelle Zélande et de Tasmanie.
Enfin le dégagement d’un espace planté le long de la rue Montesquieu, par un alignement unifié en retrait, permet d’améliorer l’espace urbain.
Au titre du 1 % artistique, cinq artistes (Claude Closky, Philippe Cognée, David Jourdan et Yuji Oshima, Jean-Michel Sanejouand, Daniel Walravens) ont été sélectionnés, pour mieux représenter, à travers des œuvres diverses, la création contemporaine.
- Budget hors mobilier : 71,269 M € TTC
- Livraison : décembre 2004
- SHON : 28 634 m²
2009 : 13 600 m² d’ateliers d’artistes, bureaux pour PME et commerces — rue Messiaen, Paris 13e
III.Le Centre R&D pour EDF regroupant 2 000 chercheurs sur le Plateau de Saclay
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Inédit Francis Soler
« Constellation des Cerceaux » ce gigantesque complexe de plus de 100 000 m² constitue l’un des plus grands centres de recherche au monde.
Le site se structure autour de quatre grands bâtiments circulaires interconnectés, favorisant la transparence et le travail collaboratif.
IV.La Maison du Numérique, à Sarcelles
Lieu d’innovation et équipement phare du territoire Roissy/Pays-de-France.
V.Logements rue Émile Durkheim, Paris XIIIe
Cette opération de logements située le long de la Bibliothèque Nationale de France fait apparaître en façade la fresque du repas des dieux olympiens de Giulio Romano et interprète simultanément le travail de Roman Cieslewicz.
Éclairées par l’intérieur, les façades apparaissent comme des écrans de télévision.
Ces signes des temps modernes mettent en scène d’immenses sérigraphies qui ont été imprimées sur les vitrages pour leur donner une dimension poétique et permettre l’intimité nécessaire aux intérieurs sans jamais empêcher la lumière de pénétrer généreusement dans les appartements.
Pour les façades, le système de double paroi avec un excellent fonctionnement thermique permet d’avoir une façade vitrée en totalité. Néanmoins, s’il apporte aux locataires une lumière maximum, on a craint le manque d’intimité.
C’est la raison pour laquelle, et afin d’éviter le désordre traditionnel que produisent habituellement en façade les rideaux de toutes sortes, des images sérigraphiées qui permettent en même temps de refermer les logements sur eux-mêmes tout en laissant passer la lumière la plus grande, riche en couleurs ont été inventées à partir de références historiques.
Mais il fallait pour cela baisser les coûts de structure, de manière à pouvoir basculer l’économie réalisée sur le surcoût qu’engendrait automatiquement un tel dispositif en façade.
Prendre à l’un pour donner à l’autre,
sans toutefois sortir de l’enveloppe globale.
De la matière sur les structures primaires du bâtiment a été enlevée et diminués les coûts du gros œuvre, ce qui a permis d’enrichir les façades.
Cette solution a permis de donner à cette opération de logements une dimension fonctionnelle, esthétique, économique, politique et, à sa manière particulière, de parvenir à dessiner et à réaliser une œuvre unique.
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Dactechnique
La conception technique des vitrages sérigraphiés de l’immeuble de la rue Émile-Durkheim (1997), confiée pour sa fabrication à l’atelier spécialisé Parmentier Glass Design, repose sur une double exigence :
- garantir l’intimité des habitants ;
- tout en maximisant l’apport en lumière naturelle.
Pour y parvenir, Francis Soler a mis en œuvre un procédé à la fois industriel, thermique et artistique.
La technique utilisée est celle de la sérigraphie sur verre sur l’une des faces du vitrage :
Des encres composées de pigments de couleur et de micro-particules de verre (les émaux) sont appliquées à travers un écran textile (pochoir) reproduisant les motifs.
La cuisson (la vitrification) :
Le verre passe ensuite dans un four de trempe à très haute température (environ 600 °C).
Sous l’effet de la chaleur, les émaux fusionnent définitivement avec la surface du verre.
Ce procédé rend le motif totalement inaltérable.
Il résiste aux UV, aux intempéries, à la pollution urbaine et aux rayures.
Le motif, directement transposé et retravaillé par ordinateur d’après la fresque de Giulio Romano, joue sur la densité du tracé.
De l’extérieur, la densité de l’impression blanche ou opaque empêche les passants de la rue ou les usagers de la BnF de voir à l’intérieur des pièces de vie.
Depuis l’intérieur, l’œil humain fait naturellement le point sur le paysage lointain. Le motif s’estompe, permettant aux résidents de profiter pleinement de la vue et d’une lumière généreuse, sans sensation d’enfermement.
Le soir, lorsque les appartements sont éclairés de l’intérieur, les vitrages sérigraphiés agissent comme de grands écrans diffusant des silhouettes et des ombres poétiques.
Pour que l’édifice reste thermiquement performant malgré l’omniprésence du verre, l’immeuble est doté d’un système de double paroi vitrée.
Un espace d’air ventilé est encapsulé entre les vitrages intérieurs et extérieurs, créant un bouclier thermique efficace contre le froid en hiver et les surchauffes en été, complété à l’intérieur par des stores coulissants.
Un prototype de ce vitrage sérigraphié est aujourd’hui conservé à Paris au sein des collections de la Cité de l’architecture et du patrimoine.
VI.Logements de la Porte d’Auteuil, à Paris — L’Éloge de la méthode
Avec ses performances urbaines climatiques et économiques.
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© Nicolas Thouvenin
Le projet d’Auteuil est un fragment urbain du XVIe arrondissement de PARIS, situé principalement sur la Place d’Auteuil, au droit du boulevard Suchet et du boulevard Montmorency.
Il réunit l’ancienne Gare d’Auteuil et quatre bâtiments qui se dressent dans un Parc, un peu comme si chacun d’entre eux s’était momentanément libéré des contraintes d’alignement et de densité qu’imposent les règles d’implantation d’une parcelle parisienne courante.
Pourtant, ces quatre bâtiments, dessinés par Francis SOLER, par Anne DEMIANS, par Rudy RICCIOTTI et par Finn GEIPEL, tous les quatre, architectes, se dressent à l’intérieur d’un dispositif urbain continu, parfaitement conforme aux règles d’urbanisme en vigueur sur le site et s’installent dans un paysage général qui transforme la parcelle existante en un espace libre, totalement disponible pour y faire cohabiter un Parc, des habitations, une crèche, un restaurant, un espace culturel et des activités.
Ces 378 logements ont été livrés en deux temps :
- Opération Paris Habitat livrée en octobre 2016 : 177 logements sociaux livrés avec 2 mois d’avance, 1 crèche de 66 berceaux et 271 places de parking sur 3 niveaux de sous-sols.
- Opération Cogedim livrée en février 2019 : 201 logements livrés avec moins d’une réserve par logement, dont 93 logements en accession et 108 en résidence senior.
Ses activités de constructeur sont accompagnées par de nombreuses années consacrées à enseigner en France comme à l’étranger et par des actions politiques en faveur du logement.
Nommé Grand Prix National d’Architecture en 1990, il accède au rang de Chevalier dans l’ordre du Mérite en 2000 et Commandeur dans l’ordre des Arts et des Lettres en 2005, au lendemain de la construction de l’immeuble des Bons Enfants (ministère de la Culture), à Paris.
En 2007, il est nommé Chevalier dans l’Ordre National de la Légion d’Honneur.
« La consécration est un privilège qui fait se cabrer automatiquement tout individu qui la reçoit, sans nécessairement avoir à tirer fort sur la bride. »
Francis Soler
Agitateur de la pensée constructive (la formule est de lui, NDLR)
Trois questions à… Francis Soler
I.Après plusieurs décennies de réalisations, quel regard portez-vous aujourd’hui sur votre propre œuvre ? Existe-t-il un fil conducteur que vous n’aviez peut-être pas identifié au début de votre carrière ?
« On identifie rarement le fil reliant l’ensemble des différentes œuvres qui jalonnent votre parcours, quand on entre en architecture.
On est jeune, on tâtonne, on observe, on apprend, on reproduit ou on invente (souvent maladroitement).
Enfin, on se demande à quoi on peut bien être utile, quand on regarde minutieusement ce qui a déjà été fait, par d’autres, avant soi.
Mais quand on la chance d’arriver en architecture en mai 68 (comme ce fut le cas pour moi) et de pouvoir évoluer aussi librement que nous l’avons fait dans ces années-là, on ne peut que se dire que la partie était belle.
Nous avons, en effet, vécu avec bonheur un désordre qui devait considérablement affecter et bouleverser l’enseignement de l’architecture. Mais surtout les conditions de son application.
Nos œuvres — ou nos essais devrais-je dire — s’appuyaient sur des idées nouvelles.
Elles étaient soumises avec énergie — et souvent avec naïveté — à la curiosité concrète de nouveaux publics. Elles bénéficiaient d’une liberté d’action, de création et de réflexion, jamais égalée depuis.
Liberté aussi que l’insurrection de mai 68 a temporairement ou parfois durablement installée.
Nous permettant d’élaborer des œuvres incontestablement personnelles, construites au fil de nos envies d’artistes-bâtisseurs, l’environnement libre et prospectif de l’architecture était alors exempt de toute censure.
Il était encore loin d’être percuté, comme il l’est aujourd’hui, par la kyrielle de règles et de contrôles absurdes ou inutiles qu’on inflige aux architectes à longueur de temps et de projets. »
II.Vos bâtiments entretiennent un rapport extrêmement particulier avec la lumière et les matériaux. Comment cette recherche est-elle devenue l’une des signatures de votre architecture ?
« J’ai l’habitude de dire que l’architecture est un art de synthèse et que la lumière et les matériaux avec lesquels je compose sont les indispensables constituants d’une architecture qui revendique des lettres de noblesse.
Surtout si on y rajoute l’espace produit.
Toutefois, rappelons que beaucoup d’autres composants, parfois plus abstraits ou moins immédiats, participent à son élaboration. Mais la lumière et la matière, il est vrai, y tiennent une place à part.
La lumière s’impose
comme la matière première de l’architecture.
Elle est cet ingrédient-roi d’un art qui ne peut se réaliser qu’à travers lui, hygiène de vie, profondeur de champs tactiles, fluidité de parcours ou ensoleillement contenu et savant des espaces.
Béton, verre, inox et emploi récent du basalte* les matériaux avec lesquels je travaille ne sont jamais choisis par appartenance à un style personnel.
Ce choix qui m’obligerait à reconduire ce qui aurait déjà été fait, juste avant, sur une opération à suivre, m’indispose.
Les matières et les techniques qui les organisent sont, au contraire, à chaque fois, choisies pour leur résonance avec le récit distinctif que porte l’œuvre.
Elles collent ensuite au plus près de la destination fonctionnelle, climatique, territoriale et sensible de l’ouvrage à produire.
Ce qui rend les ouvrages tous différents les uns des autres et qui fait signature, si on considère la spécificité de leurs écritures respectives comme l’assise de mon travail. »
*voir le projet de la Maison du numérique (station numixs), à Sarcelles
III.À l’heure où l’architecture est confrontée aux défis climatiques, à la densification des villes et aux nouvelles attentes de la société, quels principes vous semblent aujourd’hui essentiels pour construire durablement ?
« À ces questions qui ressurgissent avec constance sur les nouvelles attentes de la société, je serais tenté de répondre assez directement par trois principes qui ont fait cruellement défaut à l’architecture et à l’urbanisme d’aujourd’hui : la créativité, la planification et le bon sens.
On a croisé, en effet, ces derniers temps, trop d’insuffisances dans la politique de la construction, trop d’âneries dans la planification urbaine et trop peu de persévérance dans l’anticipation esthétique des œuvres produites.
Or, l’architecture et la ville — on le sait — ne sont que des formes abouties de décisions collectives ou/et individuelles.
Encore faut-il que ces décisions soient lucides, étayées, et prospectives.
Et qu’elles soient engagées en dehors de tout clientélisme.
Commençons donc par écarter tous les propos bonimenteurs avancés de manière éparpillée, sans expertise, ni connaissance de l’histoire. Nous pourrons alors, dans une approche holistique, nous remettre à construire durablement en développant, par exemple, des dispositifs passifs, comme je l’ai déjà fait** et qui tiendront compte de l’environnement, du patrimoine, des périodes chaudes, des périodes froides, comme de tout ce qui relève du bon sens quand on construit responsablement.
Trop de choses, en effet, encombrent une lecture simple des priorités et nous empêchent d’agir au mieux, obligés pour certains d’entre nous de faire des choix que le temps et les nouveaux usages s’emploieront à dépasser.
Car les situations actuelles — qu’elles soient climatiques, politiques, économiques, techniques, esthétiques ou urbaines — sont évidemment améliorables.
À la condition qu’elles soient prises en main par des tenants de l’exigence, de la performance et de l’excellence.
Puis, certainement grâce à la création d’un mécanisme institutionnel spécifique qui faciliterait la montée en puissance d’une gestion globale du territoire et qui serait chargée, dans la durée, de l’élaboration d’un art urbain à densités variables, mieux pensé, mais surtout bien dessiné. »
**Approche mise en place et réalisée dans le cadre de l’opération de logements de la Porte d’Auteuil à Paris, dès 2008, avec Rudy Ricciotti, Finn Geipel et Anne Démians.
Francis Soler en chiffres
- 50 années d’exercice
- 14 bâtiments réalisés
- Des réalisations dans plus de 15 pays
- Plus de 50 concours remportés
- 35 prix et distinctions obtenus
Une grande exposition rétrospective consacrée à son œuvre se tiendra au Pavillon Comtesse de Caen de l’Académie des beaux-arts de décembre 2026 à février 2027.
Indiscrétions
Relisez « Le petit papier » n° 2 du 28 mars 2026
54, boulevard Raspail
Sur la maison de l’EHESS qui se terminait par une révélation exclusive de notre enquêtrice spéciale, la P.P Pink Panther :
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En face :
27 rue du Cherche-Midi : l’agence de Francis Soler, lauréat 2026 du Prix Charles Abella de l’Académie des Beaux-Arts
Dacécoute : « Si tu t’imagines… » Juliette Gréco
2ème et dernier essai (le précédent renvoyait à Johnny)
« Si tu t’imagines… » est un poème de Raymond Queneau, initialement intitulé C’est bien connu.
Il est paru dans le recueil L’Instant fatal (1948).
Le poème fut remis à Juliette Gréco par Jean-Paul Sartre qui lui conseillait des poèmes à mettre en chansons.
Il est mis en musique par Joseph Kosma et interprété par Juliette Gréco dès 1950.
Le sujet du poème s’inspire du Carpe diem latin développé par Horace et il fait allusion à trois poèmes de Pierre de Ronsard, « Mignonne, allons voir si la rose », « Je vous envoie un bouquet que ma main » et « Quand vous serez bien vieille » sur l’impermanence de la jeunesse, reprenant l’injonction à cueillir « les roses de la vie ».
En ces temps incertains, collectionnez ces infolettres
Le baromètre de Tania
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Les numéros précédents · Bernard Roth — Tania de Pornichet











